La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi de maintenir ses taux inchangés, malgré la forte accélération de l’inflation en Europe. L’institution fait face à un dilemme : la guerre au Moyen-Orient provoque une flambée des prix de l’énergie, tandis que la croissance économique ralentit. Les analystes s’attendent néanmoins à un nouveau relèvement des taux d’ici la fin de l’année.

La BCE maintient son taux de dépôt à 2,5 %

La BCE maintient son taux de dépôt, qui fait référence sur les marchés financiers, à 2,5 %. Ses deux autres taux directeurs restent également inchangés, à respectivement 2,65 % et 2,90 %.

Cette décision intervient après deux hausses de taux depuis le début de l’année, destinées à ramener l’inflation vers l’objectif de 2 %. Pour l’heure, la BCE préfère attendre de mesurer les effets de ces précédentes décisions.

L’équation est délicate. La hausse des prix de l’énergie alourdit la facture des ménages et des entreprises, tout en risquant de freiner la croissance. Un nouveau relèvement des taux pourrait contenir l’inflation, mais renchérirait aussi le coût du crédit.

Dans son communiqué, la BCE avertit que les effets du choc énergétique ne sont pas encore pleinement visibles. L’inflation sous-jacente reste pour l’instant relativement stable, tandis que la hausse des prix ne se répercute encore que très peu sur les salaires.

Le risque de voir l’inflation rester durablement élevée s’accentue toutefois. La banque centrale souligne donc que ses prochaines décisions dépendront des nouvelles données économiques.

L’inflation au plus haut depuis trois ans

L’inflation en zone euro a fortement accéléré ces derniers mois. En septembre, les prix à la consommation ont augmenté de 3,8 % sur un an, selon Eurostat. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis septembre 2023.

La hausse des prix de l’énergie en est l’un des principaux moteurs. La guerre au Moyen-Orient et le blocus du détroit d’Ormuz ont fait flamber les cours du pétrole. Le renchérissement des carburants, du transport et de la production finit par se répercuter sur les consommateurs.

En février, avant le début du conflit, l’inflation ne dépassait pas 1,9 %. Elle est désormais attendue autour de 3 % sur l’ensemble de l’année 2026.

Les analystes anticipent donc une nouvelle hausse des taux de la BCE en décembre. George Moran, stratégiste macroéconomique pour l’Europe chez RBC, prévoit un relèvement du taux de dépôt à 2,75 %.

Les marchés financiers envisagent même jusqu’à trois hausses de taux supplémentaires. George Moran prévient toutefois que le creusement des écarts de rendement entre les obligations souveraines européennes pourrait inciter la BCE à la prudence.

La France constitue notamment un point de vigilance. L’écart de rendement entre les emprunts d’État français et allemands a atteint près de 1,78 point de pourcentage la semaine dernière, un sommet depuis environ quinze ans.

Aux États-Unis, la Réserve fédérale (Fed) a également décidé mercredi de laisser ses taux inchangés. Son taux directeur reste ainsi dans une fourchette de 3,75 % à 4 %. Les investisseurs y anticipent eux aussi un nouveau relèvement en décembre.

Ces évolutions comptent pour le Bitcoin (BTC) et les autres cryptomonnaies. Des taux plus élevés rendent l’épargne et les obligations plus attractives, ce qui peut peser sur les actifs risqués. Le maintien de prix de l’énergie élevés peut également accentuer l’incertitude sur les marchés financiers.

Christine Lagarde annonce son départ anticipé de la BCE

Outre sa décision sur les taux, la BCE a fait une autre annonce importante jeudi. Sa présidente, Christine Lagarde, a confirmé qu’elle quitterait ses fonctions le 7 février 2027, huit mois avant la fin officielle de son mandat.

Ce départ anticipé permettra aux dirigeants européens de désigner son successeur avant l’élection présidentielle française d’avril. Emmanuel Macron pourra ainsi jouer un rôle important dans cette nomination.

Le nom de Klaas Knot, ancien président de la banque centrale des Pays-Bas, circule depuis longtemps pour lui succéder. Il sera notamment en concurrence avec Pablo Hernández de Cos, ancien gouverneur de la Banque d’Espagne et actuel directeur général de la Banque des règlements internationaux.

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