AkzoNobel se retrouve soudainement au cœur d’une bataille de rachats internationale qui a totalement réveillé les investisseurs. Fin avril, le géant néerlandais de la peinture a reçu une offre conjointe du japonais Nippon Paint et de l’américain Sherwin-Williams, qu’il a cependant refusée sans hésitation.
Néanmoins, la réaction de la Bourse a été à l’opposé de ce que la direction espérait probablement. L’action a bondi de près de vingt pour cent mercredi et a continué de progresser jeudi, atteignant 64 euros. Ainsi, AkzoNobel enregistre ses meilleures journées boursières depuis la tentative de rachat avortée par PPG en 2017.
La réaction explosive du cours montre que les investisseurs croient que le dernier mot n’a pas encore été dit. En effet, l’offre à 73 euros par action reste nettement au-dessus du cours actuel. De plus, les investisseurs pensent que l’intérêt de Nippon Paint et Sherwin-Williams ne disparaîtra pas de sitôt. Maintenant que les deux parties ont publiquement déclaré envisager des « étapes suivantes », l’idée qu’AkzoNobel pourrait à nouveau être sous pression gagne du terrain.
Pourquoi AkzoNobel suscite-t-il soudainement autant d’intérêt ?
AkzoNobel représente bien plus que les marques grand public reconnues comme Flexa et Sikkens. À l’échelle mondiale, le groupe est l’un des principaux acteurs des peintures et revêtements pour l’habitat, l’industrie, l’automobile, la marine et les infrastructures.
C’est précisément cette combinaison de marques grand public fortes et de revêtements industriels haut de gamme qui rend l’entreprise attractive pour les concurrents internationaux souhaitant renforcer leur position mondiale.
Le moment de l’offre est étonnant, car AkzoNobel travaille depuis des mois à une fusion avec l’américain Axalta. Cette opération, présentée fin de l’année dernière comme une « fusion entre égaux », vise à créer un nouveau géant des revêtements. Selon le plan, les actionnaires d’Axalta recevraient des actions AkzoNobel, les actionnaires d’Akzo détenant au final environ 55 % de la nouvelle entité.
Cependant, tous les investisseurs ne sont pas convaincus par ce projet. Beaucoup voient une grande différence entre une fusion d’actions compliquée dont les avantages se révéleront plus tard, et une offre en numéraire immédiate de 73 euros par action. Cela explique aussi pourquoi l’action a tant grimpé cette semaine.
Mercredi, le cours a grimpé de près de vingt pour cent après la publication de l’offre rejetée. Jeudi, l’action a de nouveau progressé, alors que le reste de l’indice AEX était en baisse. Au moment de l’écriture, AkzoNobel se situe autour de 64 euros par action.
Quelles sont les intentions de Nippon Paint et Sherwin-Williams ?
L’offre de Nippon Paint et Sherwin-Williams est habilement structurée sur le plan stratégique. Les deux entreprises souhaitent acquérir des segments différents d’AkzoNobel. Nippon Paint convoite les activités de peinture décorative et les peintures industrielles de la société, ce qui renforcerait considérablement sa position hors d’Asie et lui offrirait un contrôle mondial sur des marques comme Dulux.
Sherwin-Williams cible spécifiquement les activités de revêtement d’AkzoNobel. Cela inclut notamment les revêtements pour automobiles, navires, avions et industries lourdes, des activités à marges relativement élevées où Sherwin-Williams souhaite accroître encore sa taille. Les entreprises estiment qu’elles pourraient scinder AkzoNobel plus rapidement et efficacement qu’un rachat complet par une seule partie.
Il est notable que l’offre ait été entièrement en numéraire, sans conditions financières ni approbation des actionnaires de Nippon Paint ou Sherwin-Williams requise. Sur le papier, l’offre paraissait donc solide. Pourtant, AkzoNobel n’a même pas souhaité négocier en profondeur avec les parties. Selon Nippon Paint et Sherwin-Williams, ils ont eu peu d’opportunités d’exposer leurs plans au conseil d’administration d’AkzoNobel.
Pourquoi AkzoNobel refuse-t-il l’offre ?
Selon AkzoNobel, la fusion prévue avec Axalta apportera finalement plus de valeur aux actionnaires que l’offre de 73 euros par action. Cela peut sembler surprenant, car le cours de l’action AkzoNobel était depuis des mois bien en dessous de ce niveau. Même après le bond spectaculaire de cette semaine, l’action reste encore nettement inférieure à l’offre rejetée.
Cependant, le conseil se concentre davantage sur le long terme. Avec la fusion avec Axalta, les actionnaires restent copropriétaires du nouveau groupe et peuvent bénéficier des synergies futures, des économies de coûts et de l’expansion. Avec l’offre de Nippon Paint et Sherwin-Williams, les investisseurs reçoivent un paiement immédiat, mais perdent toute exposition future à l’entreprise.
En outre, d’autres considérations, au-delà de la valeur financière, sont probablement en jeu. AkzoNobel souligne que la fusion avec Axalta permettrait de maintenir une partie importante de l’entreprise ancrée aux Pays-Bas. Un des sièges principaux resterait ici et AkzoNobel conserverait davantage de contrôle sur l’orientation stratégique du groupe. En revanche, une acquisition totale par Nippon Paint signifierait que l’entreprise néerlandaise tomberait entièrement entre des mains étrangères.
Cela reste sensible, surtout qu’AkzoNobel est depuis longtemps considéré comme l’une des entreprises industrielles phares des Pays-Bas. La situation rappelle immédiatement 2017, lorsque l’américain PPG avait également tenté de racheter l’entreprise. À l’époque déjà, la direction s’était farouchement opposée à une vente, alors qu’une partie des actionnaires poussait à négocier.
La Bourse ne suit pas totalement la direction
La réaction des investisseurs en dit peut-être long sur la situation actuelle. Si le marché était pleinement convaincu des avantages de la fusion avec Axalta, l’action n’aurait probablement pas bondi de façon aussi spectaculaire suite à une offre rejetée. Ce saut montre au contraire que les investisseurs pensent qu’il reste du potentiel.
Certains espèrent une offre plus élevée de Nippon Paint et Sherwin-Williams, tandis que d’autres anticipent que des actionnaires activistes vont mettre la pression sur la direction d’AkzoNobel. Les grands investisseurs se plaignent depuis longtemps de la performance boursière relativement faible de l’entreprise par rapport à ses concurrents internationaux. Une offre en numéraire de 73 euros apparaît donc pour beaucoup comme une véritable alternative.
Cela pourrait entraîner un nouveau bras de fer classique entre les dirigeants à la vision long terme et les actionnaires focalisés sur la valeur immédiate. C’est précisément ce dilemme qui fait d’AkzoNobel l’une des entreprises les plus discutées actuellement sur la place d’Amsterdam.
Quelle est la suite des événements ?
Pour l’instant, AkzoNobel reste attaché à la fusion avec Axalta. Les actionnaires devront voter ce projet cet été lors d’une assemblée générale extraordinaire. La date définitive n’a pas encore été annoncée.
En attendant, la pression sur la direction continue d’augmenter. Nippon Paint et Sherwin-Williams ont clairement indiqué qu’ils examinent encore leurs options. Cela alimente la spéculation sur une éventuelle nouvelle offre ou de nouvelles négociations. La Bourse semble désormais considérer sérieusement cette possibilité.

Sur le marché, AkzoNobel continue de bénéficier de toutes les spéculations autour d’une possible bataille de rachat. L’action a déjà progressé de près de vingt pour cent mercredi lorsque l’offre rejetée a été révélée, et a encore grimpé jeudi, tandis que l’AEX était en baisse.
Vers 15h30, le titre atteignait 64,22 euros, soit un gain quotidien de plus de deux pour cent. Cela montre que l’action reste nettement inférieure à l’offre rejetée de 73 euros par action, indiquant que les investisseurs prennent en compte l’incertitude concernant l’issue, mais pensent aussi qu’il pourrait y avoir encore du potentiel.
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