L’intervention conjointe du Japon et des États-Unis a temporairement redonné de l’air au yen.
La devise japonaise a repris environ 5 %, après que la paire USD/JPY a d’abord dépassé 163. Il s’agissait du plus bas niveau du yen depuis près de quarante ans. Reste à savoir si ce rebond peut durer.
Les analystes, eux, se montrent pour le moins sceptiques.
L’intervention fait gagner du temps, sans changer les fondamentaux
UBS estime que la combinaison de politiques économiques du Japon ne suffira probablement pas à renforcer durablement le yen. La banque met ainsi le doigt sur le cœur du problème.
La Banque du Japon ne relève ses taux que progressivement, tandis que les taux réels restent négatifs dans l’Archipel. Autrement dit, la devise japonaise bénéficie de peu de soutien fondamental du côté de la politique monétaire.
Le yen est alors surtout soutenu par le risque d’intervention. Les investisseurs n’achètent pas la devise parce que le scénario macroéconomique serait soudainement devenu favorable, mais parce qu’ils craignent une nouvelle action du Japon et des États-Unis si elle recule trop fortement.
Une intervention peut stopper temporairement un mouvement. Mais sans évolution structurelle des écarts de taux, de l’inflation et de la politique budgétaire, la pression de fond demeure.
La banque centrale américaine maintient le dollar à un niveau élevé
À cela s’ajoute le soutien dont bénéficie encore le dollar. Selon ING, le billet vert reste relativement solide, car le marché continue d’intégrer la possibilité d’une hausse des taux par la Réserve fédérale en septembre.
Si les taux américains restent élevés ou remontent encore, le dollar gagne en attractivité. Les investisseurs internationaux obtiennent alors de meilleurs rendements sur les Treasuries et les autres placements libellés en dollars.
Pour le yen, l’équation est compliquée. Tant que la Fed conserve une ligne restrictive et que la Banque du Japon avance lentement, l’écart de taux reste favorable au dollar.
HSBC attend davantage de la Banque du Japon
HSBC estime qu’un redressement durable du yen ne deviendra probable que si le Japon clarifie son changement de cap.
Trois conditions seraient nécessaires : des hausses de taux plus rapides de la Banque du Japon, une ligne politique plus ferme face à la faiblesse du yen et une moindre ambition en matière de relance budgétaire.
Ce dernier point est important, car la Première ministre Sanae Takaichi prévoit justement des baisses de taxes sur les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées. Ces mesures doivent aider les ménages face à la hausse des coûts, mais elles pourraient aussi raviver les inquiétudes sur les finances publiques japonaises.
L’intervention peut-elle produire l’effet inverse ?
Un autre point sensible se pose. En temps normal, le Japon vend des dollars pour acheter des yens. Mais selon certaines informations, le Trésor américain aurait peut-être vendu des euros pour acheter des yens.
Le marché a été surpris. Selon Robin Brooks, cela pourrait réduire l’efficacité de l’intervention. Les investisseurs pourraient en conclure que Washington voulait surtout éviter que le Japon ne doive vendre des obligations d’État américaines pour financer son intervention.
Si cette perception s’installe, le marché deviendra au contraire plus sensible au lien entre le yen et les Treasuries.
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