Christophe Fouquet, directeur général de l’entreprise néerlandaise ASML, avertit que l’Europe risque de faire fuir les entreprises d’IA avec une réglementation trop stricte. Selon le dirigeant, Bruxelles impose des lois avant même que les entreprises européennes ne soient compétitives dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Les déclarations de Fouquet interviennent à un moment délicat. L’Union européenne élabore actuellement de nouveaux plans pour réduire sa dépendance envers les entreprises technologiques américaines et attirer davantage d’industrie de l’IA et des semi-conducteurs en Europe. Mais d’après le patron d’ASML, la politique actuelle a l’effet inverse.
Le PDG d’ASML critique la réglementation européenne sur l’IA
Dans une interview accordée à POLITICO, Fouquet a exprimé de vives critiques à l’égard de l’AI Act européen, la nouvelle législation de l’UE sur l’intelligence artificielle. Selon lui, Bruxelles impose déjà des restrictions aux entreprises avant même qu’une industrie de l’IA solide ne soit établie en Europe.
« Nous n’avions même pas encore commencé à avancer que l’on nous imposait déjà des obstacles, » a déclaré Fouquet.
Le dirigeant d’ASML met en garde contre le risque que les entreprises déplacent simplement leurs activités d’IA vers d’autres régions si les règles en Europe restent trop strictes.
« Si elles ne peuvent pas le faire ici, elles le feront ailleurs. »
ASML joue un rôle crucial dans l’industrie mondiale des semi-conducteurs. L’entreprise néerlandaise fabrique les machines qui produisent les puces les plus avancées au monde, essentielles pour les systèmes d’IA, les centres de données, les smartphones et les véhicules modernes.
Cependant, selon Fouquet, la demande pour cette technologie provient presque exclusivement de l’extérieur de l’Europe. Pas moins de 99 % des ventes d’ASML se font hors du marché européen.
Bruxelles veut plus de contrôle, l’industrie veut plus de liberté
Les déclarations de Fouquet illustrent les tensions croissantes entre Bruxelles et les grandes entreprises technologiques européennes. La Commission européenne tente, par le biais de réglementations et de subventions, d’avoir plus de contrôle sur l’IA et le secteur des semi-conducteurs, alors que les entreprises souhaitent plus de liberté pour concurrencer les États-Unis et la Chine.
Début mai, ASML a signé une lettre avec Airbus, Nokia, SAP et Mistral adressée à la présidente Ursula von der Leyen. Ils y avertissaient que les règles européennes sur l’IA pourraient freiner l’innovation.
Selon Fouquet, l’Europe devrait se concentrer moins sur des réglementations complexes et davantage sur la création de demande pour les applications d’IA.
Il critique également les plans européens visant à construire de grands centres de données et des usines de semi-conducteurs avec des fonds publics.
« Mieux vaut laisser cela aux champions industriels, car eux savent comment faire, » a-t-il déclaré.
L’Europe à la traîne par rapport aux États-Unis et à la Chine
Les critiques d’ASML touchent un point sensible en Europe. Alors que des entreprises américaines comme Nvidia, Microsoft et OpenAI investissent des milliards dans l’IA, l’Europe reste en retrait avec relativement peu de grands acteurs.
Les ambitions européennes antérieures dans le domaine des semi-conducteurs ont également rencontré des difficultés. Par exemple, le projet d’Intel de construire une grande usine de puces en Allemagne a échoué lorsque l’entreprise américaine a traversé des difficultés financières.
Selon Fouquet, le problème fondamental est ailleurs : l’Europe manque simplement d’entreprises utilisant les technologies d’IA les plus avancées.
Il en résulte, selon lui, une situation dangereuse où l’Europe investit des milliards dans des usines de semi-conducteurs, tandis que les produits finaux sont principalement exportés vers les États-Unis.
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