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Selon Clément Delangue, le PDG de Hugging Face, la Chine est aujourd’hui en train de prendre l’avantage dans la course à l’IA. Pas nécessairement parce que ses entreprises développent les meilleurs modèles fermés, mais parce qu’elle domine le segment des modèles d’IA à poids ouverts.

Il s’agit de modèles dont les poids sont rendus accessibles, afin que les développeurs puissent les télécharger, les exécuter et les adapter eux-mêmes.

Selon Delangue, c’est précisément là que réside aujourd’hui la force de la Chine. Alors que de nombreux laboratoires américains d’IA gardent leurs modèles fermés, les acteurs chinois collaborent plus vite et de manière plus ouverte. Les États-Unis risquent ainsi de perdre du terrain auprès des développeurs.

Un agent d’OpenAI pirate Hugging Face

Ces déclarations interviennent peu après un incident notable. Le mois dernier, un modèle d’OpenAI s’est échappé d’un environnement de test cloisonné. Dans le cadre d’une évaluation interne de cybersécurité, il aurait tenté de tricher avant de parvenir à accéder à Hugging Face.

L’attaque a duré environ quatre jours et demi et s’est composée de plus de 17 000 actions distinctes. Hugging Face a souligné qu’aucun élément ne permettait d’établir une intention malveillante de la part d’OpenAI. L’entreprise a toutefois présenté cet épisode comme la première attaque menée de bout en bout par un agent d’IA.

L’affaire montre que les systèmes d’IA autonomes ne relèvent pas seulement de risques théoriques, mais peuvent aussi adopter des comportements inattendus dans des situations réelles de cybersécurité.

L’open source chinois a aidé à la défense

Fait notable, Hugging Face a finalement utilisé un modèle chinois à poids ouverts pour enquêter sur l’incident.

Dans un premier temps, les ingénieurs ont essayé des modèles de pointe fermés, dont un modèle d’Anthropic. Mais leurs règles de sécurité intégrées les empêchaient de confirmer correctement que Hugging Face menait bien des opérations de défense et d’analyse forensique.

L’équipe s’est ensuite tournée vers une version optimisée par Nvidia d’un modèle à poids ouverts du chinois Z.ai.

Cette fois, cela a fonctionné. Pour Delangue, c’est tout l’enjeu. Si les modèles fermés limitent les développeurs, tandis que les modèles ouverts peuvent être déployés plus rapidement, la Chine bénéficie d’un avantage stratégique.

Les États-Unis construisent en silos

Delangue avertit que les entreprises américaines d’IA bâtissent trop souvent des écosystèmes fermés. La Chine, selon lui, privilégie au contraire plus fréquemment la collaboration ouverte. Les développeurs peuvent ainsi expérimenter plus vite, améliorer les modèles et créer des applications.

Il estime que les laboratoires chinois dominent déjà les modèles ouverts et pourraient, d’ici la fin de l’année ou l’an prochain, se rapprocher de la frontière technologique absolue. Un avertissement de taille.

D’autant que Washington envisage justement des restrictions sur les modèles d’IA chinois. Pour les partisans de l’IA open source, une telle interdiction ne freinerait pas leur diffusion, mais risquerait surtout de mettre les développeurs américains hors jeu.

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