Les relations entre les États-Unis et l’Inde sont sous forte pression. Alors que Washington renoue avec la Chine à la faveur d’un accord commercial conclu entre le président Donald Trump et Xi Jinping, les liens avec New Delhi semblent au contraire se dégrader.
Selon des experts, les relations entre les deux démocraties sont tombées à leur plus bas niveau depuis des décennies. Les États-Unis imposent actuellement à l’Inde des droits de douane plus élevés qu’à la Chine, malgré vingt ans de coopération stratégique.
La confiance entre les États-Unis et l’Inde s’effrite
« Reconstruire la confiance peut prendre des années », déclare Atman Trivedi, du cabinet de conseil DGA-Albright Stonebridge Group, spécialisé en Asie du Sud. Selon lui, l’amitié bâtie au cours des deux dernières décennies « a aujourd’hui largement disparu ».
La relation s’est notamment dégradée en raison de lourds droits d’importation sur les produits indiens, d’une hausse des frais de visa de travail jusqu’à 100 000 dollars, et des affirmations répétées de Trump selon lesquelles il aurait personnellement contribué à mettre fin au conflit entre l’Inde et le Pakistan.
La Chine mieux traitée que l’Inde
Sous les précédents présidents américains, de Bill Clinton à Barack Obama, Washington privilégiait, sur le plan stratégique, « l’Inde démocratique à la Chine autocratique », rappelle Raymond Vickery Jr., chercheur au Center for Strategic and International Studies (CSIS).
Cette approche a radicalement changé sous Trump. Selon Vickery, la Maison Blanche ne voit plus l’Inde comme un contrepoids à la Chine, mais comme un partenaire commercial appelé à servir les intérêts immédiats de l’Amérique.
Dans le même temps, les liens avec Pékin semblent se réchauffer. Sur Truth Social, Trump a affirmé que sa rencontre avec Xi Jinping en Corée du Sud « avait été formidable pour les deux pays » et mènerait à « une paix et un succès éternels ».
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a annoncé sur X que les deux pays allaient ouvrir des « lignes de communication militaire à militaire » afin de réduire les tensions, une étape remarquable au vu de la rivalité de longue date entre Washington et Pékin.
L’accord commercial abaisse les tarifs chinois
Conclu la semaine dernière en Corée du Sud, l’accord commercial s’est traduit par une baisse des droits de douane américains sur les produits chinois. Les tarifs sur les biens liés aux importations de fentanyl ont été abaissés de 20 % à 10 %, portant la charge fiscale totale sur les importations chinoises à environ 47 %.
Pour l’Inde, ces tarifs sont encore plus élevés : 50 % sur les produits exportés, plus une surtaxe punitive supplémentaire de 25 % parce que le pays continue d’acheter du pétrole russe. New Delhi a qualifié la mesure d’« injuste et déraisonnable », tandis que Trump a dénoncé « un désastre totalement unilatéral » dans les échanges avec l’Inde.
« L’alchimie personnelle est totalement absente, et l’on ne saurait surestimer son impact sur la relation américano-indienne », a ajouté Trivedi au micro de CNBC.
Lors de sa tournée en Asie, Trump a en outre menacé d’infliger à l’Inde comme au Pakistan un tarif de 250 % s’ils ne mettaient pas fin à leur conflit frontalier.
Conséquences intérieures en Inde
Les déclarations de Trump sont désormais devenues un sujet politique en Inde. Le chef de l’opposition, Rahul Gandhi, a vertement attaqué le Premier ministre Narendra Modi lors d’un discours au Bihar, affirmant que ce dernier « a peur de Trump ».
Selon le politologue Daniel Hermann, ces évolutions obligent l’Inde à repenser sa position entre les deux grandes puissances. « L’Inde peut tirer parti d’exportations accrues vers les États-Unis, mais elle demeure dépendante de la Chine pour les composants et les chaînes d’approvisionnement », dit-il. « Et tant que Washington continuera de faire évoluer sa politique commerciale, New Delhi aura du mal à se réorienter. »
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