Alors que le détroit d’Ormuz reste largement perturbé par le conflit au Moyen-Orient, la société pétrolière nationale d’Abu Dhabi (Adnoc) parvient remarquablement bien à continuer d’exporter du pétrole et du gaz depuis le golfe Persique.
L’entreprise publique utilise sa propre flotte et manœuvre à travers les navires de guerre iraniens et américains pour approvisionner les clients confrontés à de graves pénuries d’énergie.
Selon les données de suivi des navires, des discussions avec des négociants et des sources au fait de la situation, Adnoc utilise notamment des « transits obscurs », où les pétroliers désactivent temporairement leurs transpondeurs en passant par le détroit d’Ormuz, rendant le suivi plus difficile.
Grâce à cette stratégie, Adnoc est actuellement l’un des producteurs de pétrole les plus performants de la région pour acheminer en toute sécurité ses livraisons d’énergie hors de la zone de conflit.
Sa propre flotte donne un grand avantage à Adnoc
D’autres producteurs de pétrole et maisons de négoce cherchent depuis des mois des moyens de faire passer leurs cargaisons en toute sécurité par le détroit d’Ormuz. Beaucoup se heurtent pourtant au même problème : ils dépendent de pétroliers loués et donc d’armateurs prêts à prendre des risques.
Adnoc est beaucoup moins concernée par ce problème. Grâce à sa branche logistique, l’entreprise publique dispose en grande partie de sa propre flotte, notamment via Navig8 et des partenariats avec des sociétés comme Wanhua Chemical Group, ce qui lui permet d’accéder à des pétroliers de brut, de produits pétroliers et de gaz liquéfié.
C’est un avantage stratégique important pour Adnoc, alors que la situation reste tendue dans la région.
Les analystes soulignent que cette approche agressive montre surtout la pression actuelle sur les producteurs de pétrole, qui veulent acheminer leur pétrole sur le marché le plus rapidement possible, en partie à cause des capacités de stockage limitées.
Pour les Émirats arabes unis, un autre facteur entre en jeu. Le pays a officiellement quitté l’OPEP le 1er mai, lui offrant plus de liberté pour augmenter ses exportations de pétrole.
« Les Émirats semblent prêts à prendre plus de risques pour exporter leur pétrole, » indique Matt Wright, analyste du fret chez Kpler. Selon lui, les « transits obscurs » à travers Hormuz montrent jusqu’où certains producteurs sont prêts à aller.
Adnoc Logistics & Services n’a pas souhaité commenter les itinéraires, positions ou mouvements de ses navires.
Des routes astucieuses maintiennent l’exportation de pétrole
Avec cette stratégie, Adnoc parvient à maintenir en grande partie les flux de pétrole et de carburant. Certains pétroliers retournent directement dans le golfe Persique après une livraison pour être rechargés. Ces courtes routes de navette permettent de continuer les exportations malgré les tensions.
Dès que les navires ont passé en toute sécurité le détroit d’Ormuz, la cargaison est souvent transférée sur des pétroliers appartenant aux clients dans des eaux plus sûres près de Fujairah ou Sohar, des lieux de transfert de navire à navire. Certains navires poursuivent ensuite leur route vers la côte ouest de l’Inde.
Cette stratégie fonctionne notamment parce qu’Adnoc opère près d’Hormuz. Le pétrole de champs comme Upper Zakum est chargé sur l’île de Zirku, tandis que des produits comme le naphta et le gaz liquéfié proviennent de la grande raffinerie de Ruwais.
Les distances relativement courtes permettent à un pétrolier de faire l’aller-retour en environ une semaine, ce qui permet à Adnoc d’utiliser sa flotte de manière efficace malgré les risques dans la région.
Les exportations de GNL se poursuivent en secret
Non seulement le pétrole, mais aussi le gaz naturel liquéfié (GNL) est exporté par Adnoc via le détroit d’Ormuz grâce aux « transits obscurs ». Selon les données de suivi des navires, un méthanier en route vers la côte ouest de l’Inde a été repéré ce week-end.
Les images satellites montrent que les méthaniers accostent depuis des semaines à Das Island, le terminal d’exportation stratégique d’Adnoc dans le golfe Persique. Il est notable qu’au cours de la même période, très peu de navires sont visibles dans les systèmes de suivi publics autour du terminal.
Selon des sources, les méthaniers désactivent volontairement leurs transpondeurs lorsqu’ils naviguent du golfe d’Oman vers Hormuz. Après avoir passé le détroit, ils chargent leur gaz à Das Island, puis réactivent leurs signaux une fois de retour dans des eaux plus sûres hors du golfe Persique.
Avec cette stratégie, Adnoc parvient également à maintenir essentiellement ses exportations de GNL malgré les tensions militaires et le risque accru pour la navigation dans la région.
Paiement de péage à l’Iran incertain pour Adnoc
Il est difficile d’établir avec précision combien de pétrole, gaz et carburants Adnoc exporte via le détroit d’Ormuz. Comme de nombreux navires désactivent leurs transpondeurs, une grande partie des données de suivi publiques est manquante.
Cette tactique est de plus en plus utilisée dans la région ces derniers mois, officiellement pour des raisons de sécurité face aux tensions militaires.
En conséquence, il reste également incertain quelle route les pétroliers empruntent exactement lors de leur passage à Hormuz. Certains pourraient naviguer par la route sud le long d’Oman, tandis que d’autres pourraient utiliser le corridor nord sous contrôle iranien.
Dans ce dernier cas, il pourrait être nécessaire de payer un péage à l’Iran pour un passage sécurisé.
Néanmoins, le nombre d’exportations réussies montre qu’Adnoc semble avoir trouvé un équilibre viable entre les contrôles iraniens et la présence de navires de guerre américains dans la région pour l’instant.
Un accord de paix pourrait être en vue
Des responsables américains ont indiqué que les États-Unis et l’Iran se rapprochaient d’un accord qui pourrait rouvrir Hormuz. Le président Donald Trump a déclaré précédemment qu’il ne voulait pas se « précipiter » pour un accord. Ce week-end, il a indiqué qu’un accord de paix avec l’Iran était « pour l’essentiel finalisé ».
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