Tesla veut modifier le nom et les réglages de vitesse de son système d’aide à la conduite FSD pour obtenir son autorisation dans toute l’Union européenne. Ces concessions lui valent le soutien de Berlin.
Mais une enquête publiée aujourd’hui par l’agence Reuters remet en question les données de sécurité que Tesla met en avant depuis des mois pour convaincre les autorités.
Tesla veut rebaptiser le FSD « conduite assistée »
Le système porte le nom de Full Self-Driving (Supervised), soit « conduite entièrement autonome sous supervision », abrégé en FSD. Il gère la direction, le freinage et l’accélération, mais le conducteur doit rester attentif et prêt à intervenir.
Le ministre allemand des Transports juge donc cette appellation trompeuse. Lors d’un échange avec lui, Tesla a proposé de renommer la fonction Assisted Driving en Europe, soit « conduite assistée ».
Tesla prévoit aussi de modifier les réglages de vitesse. Les conducteurs peuvent actuellement autoriser la voiture à dépasser la limitation d’un certain pourcentage. Ce dépassement sera plafonné à 10 % : sur une route limitée à 100 km/h, la voiture ne pourra donc pas dépasser 110 km/h.
Cette mesure répond à un point de friction déjà connu. La Suède s’était inquiétée de la capacité du système à dépasser les limitations de vitesse. Le ministre allemand juge ces engagements suffisants et souhaite que le FSD soit autorisé au plus vite dans toute l’UE.
Aux Pays-Bas, le FSD de Tesla est déjà autorisé sur les routes depuis avril. Le RDW, l’organisme chargé de vérifier la conformité des véhicules, a consacré environ dix-huit mois à son évaluation. Les Pays-Bas ont ainsi été le premier pays de l’UE à donner leur feu vert, suivis par la Belgique et quelques autres États.
Pour le reste de l’Europe, une étape supplémentaire est nécessaire. Le RDW a demandé à la Commission européenne d’autoriser le système dans toute l’Union. Cette décision nécessite l’accord d’au moins 15 des 27 États membres, représentant au moins 65 % de la population de l’UE.
L’Allemagne compte environ 83 millions d’habitants, soit près d’un citoyen européen sur cinq. Un vote favorable de Berlin permettrait de franchir une part importante de ce seuil.
Des doutes sur l’évaluation et les données de sécurité
Selon Reuters, Tesla a exercé de fortes pressions sur les autorités de contrôle. Le constructeur mène une campagne sur les réseaux sociaux qui attribue à la bureaucratie des décès sur les routes européennes et appelle ses partisans à réclamer une autorisation rapide.
Des échanges de courriers consultés par l’agence montrent que Tesla a tenté d’assouplir les exigences de l’évaluation du RDW et a défini en partie la méthode de test. Le ton conciliant des évaluateurs néerlandais a conduit cinq experts à s’interroger sur leur indépendance.
Ces réserves sont d’autant plus importantes que, selon Reuters, les autres pays s’appuient largement sur l’évaluation néerlandaise. Dans un communiqué, le RDW affirme évaluer de manière objective et indépendante les systèmes d’aide à la conduite de tous les constructeurs.
La critique la plus sévère porte sur les chiffres. Sept chercheurs en sécurité routière ont examiné l’étude de sécurité réalisée par Tesla. Aucun n’y a trouvé de preuve étayant l’affirmation centrale du constructeur selon laquelle le FSD permet d’éviter des accidents mortels.
Tesla n’a pas répondu aux questions de Reuters. L’enjeu est majeur pour son dirigeant Elon Musk, qui voit dans la conduite autonome le moteur de croissance de l’entreprise. Il a réagi la semaine dernière au report du vote européen par un seul mot : « Soupir ».
Ce vote était prévu début octobre, mais hier, le dossier ne figurait à l’ordre du jour que pour discussion. La prochaine possibilité de vote sera en décembre.
Si Tesla obtient alors la majorité requise, le constructeur bénéficiera d’une dérogation aux règles européennes actuelles, valable dans toute l’UE. Si l’Allemagne retire finalement son soutien, cette majorité sera nettement plus difficile à réunir.
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