L’Union européenne pourrait connaître son premier élargissement en quinze ans. Le Monténégro est en bonne voie pour rejoindre l’UE en 2028, selon un nouveau rapport de la Commission européenne, qui salue également les progrès de l’Albanie, de la Moldavie et de l’Ukraine.

Ces perspectives s’inscrivent dans la volonté croissante des dirigeants européens de renforcer le poids de l’UE sur la scène internationale. L’adhésion du Monténégro reste toutefois incertaine. Elle nécessitera l’accord de tous les États membres actuels, alors que plusieurs obstacles politiques subsistent.

Le Monténégro pourrait rejoindre l’UE en 2028

Le Monténégro figure actuellement parmi les pays les plus avancés dans les préparatifs d’adhésion à l’UE. Selon la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, les négociations progressent si bien que le traité d’adhésion pourrait être signé dès juin 2027.

Si tous les pays de l’UE donnent ensuite leur accord, le Monténégro pourrait officiellement devenir le 28e État membre en 2028.

Ce serait une étape majeure. Le dernier élargissement remonte à 2013, avec l’adhésion de la Croatie. Depuis, l’Union n’a accueilli aucun nouveau membre. Le départ du Royaume-Uni en 2020 a même ramené leur nombre de 28 à 27.

Longtemps, la perspective d’un nouvel élargissement a suscité peu d’enthousiasme, mais le contexte géopolitique a changé la donne. L’invasion russe de l’Ukraine, le retour de Donald Trump à la présidence américaine et l’influence croissante de la Chine ont poussé les dirigeants européens à revoir leur position.

À Bruxelles, l’idée qu’une Union élargie est nécessaire pour peser davantage sur la scène internationale gagne du terrain. Les conséquences de nouvelles adhésions sur le budget européen et l’économie suscitent toutefois des inquiétudes.

L’Ukraine et la Moldavie progressent également

Le Monténégro n’est pas le seul pays à se rapprocher de l’UE. Selon la Commission européenne, l’Albanie, la Moldavie et l’Ukraine suivent elles aussi une trajectoire crédible vers l’adhésion.

Le calendrier de leur éventuelle entrée dans l’Union reste toutefois incertain. Bruxelles souligne que chaque pays candidat est évalué individuellement, en fonction des réformes qu’il met en œuvre.

Le processus est particulièrement difficile en Ukraine. La poursuite de la guerre avec la Russie a ralenti cette année la mise en œuvre des réformes nécessaires.

Cette situation a également des répercussions sur la Moldavie. Certains États membres souhaitaient initialement lier l’adhésion des deux pays, mais la Commission entend désormais évaluer la Moldavie indépendamment de l’Ukraine. Le pays ne serait donc plus tenu d’attendre que Kiev remplisse toutes les conditions.

Tous les pays candidats ne progressent cependant pas. La Macédoine du Nord a franchi quelques étapes, mais la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo n’avancent guère. En Serbie, en Géorgie et en Turquie, la Commission constate même des reculs sur plusieurs points.

La Croatie reste un obstacle à l’adhésion du Monténégro

Malgré l’optimisme de Bruxelles, le Monténégro doit encore surmonter plusieurs obstacles importants. Ses relations avec la Croatie voisine pourraient notamment retarder son adhésion.

Les deux pays restent opposés sur des différends hérités des guerres qui ont accompagné l’éclatement de la Yougoslavie dans les années 1990. La Croatie a ainsi posé plusieurs conditions à la conclusion des négociations d’adhésion.

Le Premier ministre monténégrin, Milojko Spajić, estime que son pays pourra satisfaire ces exigences. La commissaire européenne Marta Kos constate elle aussi des avancées, tout en reconnaissant la difficulté des discussions.

Au sein de l’UE, un débat plus large porte également sur les conséquences de l’élargissement. De nombreuses décisions européennes majeures nécessitent l’unanimité des États membres. Même un petit pays peut donc bloquer une politique.

Avec un peu plus de 600 000 habitants, le Monténégro disposerait, en tant que membre à part entière, du même droit de veto que les grands pays dans de nombreux domaines.

Pour éviter de nouveaux blocages dans la prise de décision, Bruxelles envisage d’inscrire des garanties supplémentaires dans le traité d’adhésion. Parmi les pistes étudiées figurent d’éventuelles restrictions au droit de veto des nouveaux États membres.

La Croatie s’est pour sa part déclarée favorable à la poursuite de l’élargissement de l’UE, à condition que les pays candidats remplissent toutes les exigences. Elle n’a toutefois pas encore donné d’engagement définitif concernant l’adhésion du Monténégro.

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