Le sommet de la défense américaine a posé un ultimatum à Anthropic, une entreprise d’IA connue pour son chatbot Claude. Le groupe doit accepter d’ici vendredi une utilisation militaire élargie de ses modèles d’intelligence artificielle, sous peine de voir une loi d’urgence de la Guerre froide activée à son encontre. La bataille pour définir l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la guerre et la surveillance est ainsi relancée.
Le Pentagone menace de mesures sévères
Anthropic dispose de peu plus de 24 heures pour répondre à une « proposition finale » du ministère de la Défense. En cas de refus, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, envisage de recourir au Defense Production Act.
Cette loi de 1950 accorde au président des pouvoirs étendus pour contraindre les entreprises à mettre leur technologie à disposition de la sécurité nationale. Elle a été utilisée par le passé durant la Guerre froide et, plus récemment, lors de la pandémie de COVID-19.
En outre, le Pentagone menace de classer Anthropic comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement ». Ce label est habituellement réservé aux entreprises présentant un risque pour la chaîne logistique, souvent en raison de liens avec des États hostiles. Une telle décision pourrait interrompre subitement la collaboration avec la défense et ses grands partenaires contractuels.
D’après les médias américains, Anthropic s’était opposé lors d’une réunion à l’utilisation de son IA pour une surveillance intérieure massive et pour des systèmes d’armes autonomes, où l’IA sélectionne les cibles de manière indépendante. Le Pentagone nie que ce soit l’objectif et affirme respecter toujours la loi.
« Le respect de la loi est la responsabilité du Pentagone en tant qu’utilisateur final, » a déclaré un responsable de la défense.
Lutte pour le contrôle de l’IA militaire
Le conflit concerne un contrat de 200 millions de dollars dans le cadre d’un programme pilote d’IA du Pentagone. OpenAI, Google et xAI d’Elon Musk participent également à ce programme.
Alors que les concurrents semblent disposés à mettre leurs modèles à disposition sous le principe d’un usage « à toutes fins légales », Anthropic s’en tient à ses propres règles d’utilisation. L’entreprise refuse explicitement toute implication dans la surveillance massive des Américains ou dans les armes autonomes létales.
Cela soulève une question plus large : qui fixe les limites de l’intelligence artificielle ? L’armée, qui l’utilise, ou l’entreprise technologique qui développe les modèles ?
Anthropic a été fondée en 2021 par d’anciens employés d’OpenAI, désireux de mettre davantage l’accent sur la sécurité. Dario Amodei, son PDG, avait déjà averti que l’IA puissante, sans garanties solides, présente des risques majeurs.
Pour le Pentagone, l’enjeu est de taille. L’IA joue un rôle de plus en plus important dans l’analyse militaire, la logistique et la prise de décision. Maîtriser cette technologie procure un avantage stratégique.
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