L’Afrique du Sud veut compliquer l’utilisation des stablecoins par les entreprises pour les paiements vers l’étranger. La banque centrale et le ministère des Finances souhaitent soumettre ces transactions aux mêmes règles que les flux internationaux de capitaux traditionnels.
La mesure touche précisément l’un des usages qui expliquent l’essor rapide des stablecoins. Les entreprises peuvent utiliser des dollars numériques pour payer directement des fournisseurs étrangers, souvent sans les délais de traitement plus longs des virements bancaires internationaux classiques.
Le secteur crypto prévient qu’un durcissement des règles pourrait désavantager les entreprises sud-africaines. La banque centrale défend la position inverse : pour le régulateur, quiconque envoie de la monnaie numérique à l’étranger doit respecter les mêmes obligations que s’il passait par une banque.
Les paiements en stablecoins vers l’étranger se compliquent
Avec les règles envisagées, les entreprises sud-africaines ne pourraient plus envoyer librement des stablecoins à une contrepartie étrangère. Un tel paiement pourrait désormais être considéré comme un transfert de capitaux vers l’étranger et relever ainsi de la réglementation des changes existante.
Cette évolution pourrait surtout pénaliser les entreprises qui utilisent des stablecoins pour régler des fournisseurs au-delà des frontières.
Les stablecoins sont des monnaies numériques généralement adossées à une devise traditionnelle, comme le dollar américain. Un importateur sud-africain peut ainsi, par exemple, envoyer directement des dollars numériques à un fournisseur. Dans certains cas, cette solution peut être plus rapide et moins coûteuse qu’un paiement international classique.
Fait notable, les particuliers semblent conserver une marge de manœuvre plus importante. Ils peuvent transférer chaque année jusqu’à 2 millions de rands sud-africains, soit environ 120 000 dollars, vers l’étranger sans autorisation préalable. Avec l’aval de l’administration fiscale, ce plafond peut atteindre 10 millions de rands.
Il pourrait donc en résulter une situation paradoxale : un particulier disposerait de davantage de possibilités pour envoyer des stablecoins à l’étranger qu’une entreprise devant payer un fournisseur.
Les acteurs crypto redoutent un exode vers les plateformes étrangères
Le secteur crypto sud-africain critique vivement le projet. Farzam Ehsani, patron de VALR, avertit que les entreprises ne cesseront pas tout simplement d’effectuer des paiements internationaux si les plateformes locales ne peuvent plus leur proposer ce service.
Selon lui, elles pourraient plutôt se tourner vers des prestataires étrangers ou informels. Le durcissement réglementaire risquerait ainsi de déplacer l’activité hors des plateformes sud-africaines placées sous supervision locale.
Luno craint également que les entreprises sud-africaines ne soient désavantagées sur la scène internationale. Dans d’autres pays, les sociétés pourront continuer à utiliser des stablecoins pour exécuter rapidement des paiements transfrontaliers, tandis que les entreprises locales pourraient se heurter à des restrictions supplémentaires.
La banque centrale sud-africaine défend au contraire ces mesures. Son gouverneur, Lesetja Kganyago, juge illogique qu’un paiement international effectué via une banque soit strictement contrôlé, tandis qu’un paiement comparable en actifs numériques échapperait à ces règles.
Dans cette logique, la technologie utilisée ne doit pas déterminer les règles applicables aux transferts d’argent vers l’étranger.
Les stablecoins gagnent du terrain
C’est précisément là que se situe la tension. Partout dans le monde, les stablecoins sont de plus en plus perçus comme une alternative moins chère et plus rapide aux paiements internationaux traditionnels.
Dans les pays où l’accès au dollar est limité, ou lorsque les paiements bancaires internationaux sont coûteux et lents, les dollars numériques peuvent se révéler attractifs. Les entreprises peuvent ainsi transférer directement de la valeur à une partie étrangère, sans emprunter le même circuit de paiement traditionnel.
L’Afrique du Sud s’apprête au contraire à encadrer plus strictement cet usage professionnel.
Les règles ne sont toutefois pas encore définitives. Le gouvernement mène une consultation publique jusqu’à la fin septembre, au cours de laquelle les entreprises et les autres acteurs du marché peuvent faire part de leurs observations. Il faudra ensuite voir quelle marge sera finalement laissée aux sociétés sud-africaines pour continuer à utiliser les stablecoins dans leurs paiements internationaux.
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