Selon Brij Khurana, de Wellington Management, l’inflation américaine n’est plus principalement alimentée par des taux trop bas. Dans une tribune publiée dans le Financial Times, il estime que le véritable moteur se trouve désormais ailleurs : dans le niveau élevé des prix des actifs.

Son raisonnement est intéressant, car il va à l’encontre de la lecture classique de l’inflation par la Réserve fédérale. En temps normal, la banque centrale relève ses taux courts pour ralentir l’économie. Mais, selon Khurana, cet outil fonctionne de moins en moins bien dans une économie où le patrimoine est extrêmement concentré.

L’effet de richesse prend de l’importance

Les chiffres l’illustrent clairement. La rémunération des salariés est tombée à 50 % du PIB américain, son plus bas niveau depuis 1947. Dans le même temps, le patrimoine net des ménages représente environ 546 % du PIB, proche d’un record.

Il en résulte une économie en forme de K. Les jeunes générations dépendent relativement davantage des salaires, tandis que les plus âgées détiennent une grande partie du patrimoine accumulé. Si les actions, l’immobilier et les autres actifs continuent de progresser, le pouvoir d’achat des ménages les plus aisés reste solide.

Cette dynamique soutient surtout la demande de logements, de restaurants, de voyages et d’autres services. C’est précisément là, selon Khurana, que se loge l’inflation la plus persistante.

Les taux pèsent sur l’économie, pas sur les marchés

Le point le plus frappant est que, selon lui, les taux courts sont déjà restrictifs pour l’économie réelle. Le marché du travail s’affaiblit. Les créations d’emplois sont récemment passées en territoire négatif et l’emploi privé ne progresse plus que d’environ 0,5 % par an.

Pourtant, les marchés actions évoluent près de leurs records et les entreprises liées à l’IA lèvent des centaines de milliards de dollars, malgré les incertitudes entourant le rendement final de ces investissements. Autrement dit, la politique monétaire freine l’économie, mais pas les marchés financiers.

Et tant que les marchés financiers continuent de monter, l’effet de richesse continue de soutenir l’inflation.

La banque centrale américaine doit s’attaquer aux prix des actifs

Selon Khurana, la banque centrale américaine doit donc faire preuve de davantage de créativité. Première piste : réduire de nouveau la taille de son bilan. Moins de liquidités signifie moins de soutien pour les actions et les autres actifs sensibles à la reflation.

Deuxième piste : mieux encadrer la croissance du crédit liée à l’IA. Aujourd’hui, une grande partie du financement passe par le crédit privé, hors du périmètre direct de la régulation bancaire. Cela rend plus difficile le freinage d’une éventuelle surchauffe.

Troisième piste : le président de la Fed, Kevin Warsh, doit faire comprendre que le fameux « put de la Fed » se situe beaucoup plus bas sur le marché. Les investisseurs ne doivent donc plus partir du principe que la banque centrale interviendra à chaque correction. C’est pourtant ce qui semble à nouveau se produire, mais cette fois par l’intermédiaire du Trésor américain.

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