La Banque centrale européenne (BCE) devrait laisser ses taux inchangés jeudi. Si l’inflation reste élevée dans la zone euro, la croissance européenne ralentit. Les économistes s’attendent donc à ce que l’institution renonce, pour l’heure, à une nouvelle hausse des taux.
La BCE devrait maintenir son taux de dépôt à 2,5 %
La BCE se réunit jeudi 29 octobre pour décider de ses taux d’intérêt. Selon les économistes, elle devrait maintenir son taux de dépôt à 2,5 %, après l’avoir relevé en septembre.
Le ralentissement de la croissance explique principalement cette pause attendue. Selon une enquête de Bloomberg, l’économie de la zone euro n’aurait progressé que de 0,2 % au troisième trimestre. Au trimestre précédent, la croissance atteignait encore 0,6 %, portée notamment par des chiffres exceptionnellement solides en Irlande.
Les chiffres officiels de la croissance seront publiés vendredi. De nouvelles données sur l’inflation dans plusieurs pays européens sont également attendues ce jour-là.
L’inflation reste toutefois préoccupante. Sous l’effet des prix élevés de l’énergie, elle pourrait atteindre 4 % avant la fin de l’année, selon les prévisions. C’est deux fois l’objectif de la BCE.
Les économistes estiment néanmoins que les signes d’une nouvelle accélération des prix restent insuffisants en octobre. Ils ne s’attendent donc pas à une nouvelle intervention de la banque centrale avant décembre.
Une nouvelle hausse porterait le taux de dépôt de 2,5 % à 2,75 %.
Les difficultés françaises accentuent les inquiétudes en Europe
Au-delà de l’inflation, la BCE doit composer avec des inquiétudes croissantes sur l’économie européenne. La France est particulièrement sous pression, entre instabilité politique, difficultés des finances publiques et forte hausse des rendements de sa dette souveraine.
Les investisseurs exigent désormais des taux nettement plus élevés pour prêter à l’État français. L’écart avec les emprunts d’État allemands a atteint des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis la crise de la dette européenne.
Les entreprises en subissent également les conséquences. En France, l’activité du secteur privé s’est contractée de manière inattendue en octobre. Le groupe de distribution Carrefour a, de son côté, averti que les troubles dans le pays et les pillages pesaient lourdement sur ses résultats.
L’Allemagne s’en sort un peu mieux grâce à d’importants investissements publics, mais la croissance y reste limitée. La banque centrale allemande estime que l’économie a à peine progressé au troisième trimestre.
Selon Simona Delle Chiaie, économiste en chef pour la zone euro chez Bloomberg Economics, cette situation accroît les risques.
Elle avertit que la persistance d’une inflation élevée et la dégradation rapide des conditions financières augmentent le risque d’une croissance inférieure aux attentes.
Les prix élevés de l’énergie compliquent la décision de la BCE
La BCE doit empêcher l’inflation élevée de s’installer durablement sans freiner davantage l’économie européenne. Une hausse des taux peut contenir les prix, mais elle renchérit aussi le crédit pour les ménages, les entreprises et les États.
La guerre autour de l’Iran et ses conséquences sur l’approvisionnement énergétique aggravent ces difficultés. Les prix élevés du gaz, en particulier, restent un risque pour l’Europe.
Jens Eisenschmidt, économiste en chef pour l’Europe chez Morgan Stanley, prévient qu’un hiver froid pourrait entraîner de nouvelles difficultés. Selon lui, un rationnement de l’énergie n’est pas exclu si les réserves de gaz allemandes se révèlent insuffisantes.
Parallèlement, la hausse des rendements obligataires souverains renchérit déjà le coût de l’emprunt, même sans nouveau relèvement des taux de la BCE.
Selon les économistes de Bank of America, la banque centrale devra donc prêter davantage attention aux répercussions des tensions financières sur la croissance. Sa décision jeudi permettra de savoir si elle choisit effectivement de marquer une pause.
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