Des hauts fonctionnaires ont averti le président russe Vladimir Poutine que les dépenses liées à la guerre en Ukraine deviennent insoutenables. Il s’agit du signe le plus clair de dissension interne à Moscou depuis le début de l’invasion à grande échelle.
Des responsables du ministère russe des Finances et de la banque centrale ont conseillé au Kremlin que les actuelles dépenses de défense pourraient dangereusement creuser le déficit budgétaire. C’est ce qui ressort de discussions avec des initiés et de documents consultés par Bloomberg.
Divergences sur les coupes dans la défense
Ces derniers mois, les fonctionnaires s’inquiètent de plus en plus pour l’économie russe et le budget de l’État. Ils proposent de réduire à nouveau les dépenses de défense. Sans nouvelles économies, il serait selon eux difficile de stabiliser les finances publiques tendues.
Mais au sein de l’appareil de pouvoir, les opinions divergent. De hauts responsables du ministère de la Défense et certains au Kremlin, résolus à atteindre les objectifs de guerre de Poutine, souhaitent au contraire protéger les dépenses militaires. Selon eux, une réduction frapperait durement l’économie, car de nombreuses entreprises dépendent des contrats militaires.
Poutine a demandé au ministère des Finances de réduire d’abord d’autres volets du budget avant d’envisager la défense.
La Défense réclame au contraire plus de fonds
Le ministère de la Défense ne se contente pas de s’opposer aux coupes, il demande même des fonds supplémentaires. Selon deux sources proches du dossier, les dépenses militaires doivent être augmentées pour combler cette année un déficit pouvant atteindre trois mille milliards de roubles (environ 31 milliards d’euros).
Poutine était conscient des pressions budgétaires l’année dernière et cette année, donc les problèmes ne sont pas une surprise. L’ampleur des coupes dépendra entièrement de Poutine. Aucune grande décision budgétaire n’est prise sans son approbation, car il détient le dernier mot.
Lors de l’élaboration du budget pour 2026, les fonctionnaires avaient déjà anticipé un éventuel déficit de 1 200 à 1 500 milliards de roubles au deuxième semestre, des fonds qui pourraient être nécessaires pour le secteur de la défense.
L’espoir de paix s’est évanoui
À l’époque, on espérait que la guerre en Ukraine se terminerait après le sommet en Alaska en août dernier entre Poutine et le président américain Donald Trump. Dans ce cas, une réduction des dépenses de défense au second semestre 2026 aurait été logique.
Les considérations ont eu lieu avant et après le début du conflit en Iran et restent un sujet de discussion animé parmi les hauts fonctionnaires et Poutine. Elles surviennent à un moment où l’économie russe, dans sa cinquième année d’invasion, est sous pression croissante.
La hausse des prix du pétrole due au conflit en Iran ne suffit pas à résoudre les problèmes. Selon des initiés, le prix du baril de pétrole devrait rester au-dessus de 100 dollars pendant au moins un an pour améliorer réellement l’économie. De plus, cet avantage ponctuel ne résout pas les problèmes structurels liés à la croissance, à l’inflation et au secteur bancaire.
L’économie russe vacille
La Russie est au bord de la récession après avoir réduit en mai ses prévisions de croissance. Le ministère de l’Économie table désormais sur une croissance de 0,4 % en 2026, bien inférieure à l’estimation précédente de 1,3 %. Les chiffres officiels montrent que l’économie a reculé au premier trimestre, pour la première fois en trois ans.
Le déficit budgétaire a atteint un niveau record, malgré les revenus pétroliers plus élevés dus au conflit au Moyen-Orient. Au cours des quatre premiers mois de l’année, le déficit a grimpé à 5,9 mille milliards de roubles, soit 2,5 % du PIB. Cela représente environ 50 % de plus que ce qui était prévu pour l’ensemble de l’année.
Le budget est d’ailleurs en déficit depuis quatre années consécutives. Pourtant, l’économie russe fortement sanctionnée est aujourd’hui plus vulnérable, car les réserves du Fonds national de la richesse sont environ 60 % inférieures à ce qu’elles étaient avant l’invasion.
Des choix difficiles pour Poutine
L’espoir précédent d’un accord pour mettre fin au conflit ne s’est pas concrétisé. Le gouvernement russe doit maintenant décider comment combler le déficit, ce qui revient en pratique à réduire les dépenses ou à trouver de nouvelles sources de revenus.
Le ministre des Finances, Anton Siluanov, a déclaré fin mai qu’une « certaine retenue » était nécessaire dans les dépenses publiques. « Les réserves ne sont pas infinies. La faiblesse des finances ne peut être tolérée en période de changements aussi importants dans le monde », a-t-il précisé.
Les préoccupations ont provoqué la colère d’un parlementaire éminent la semaine dernière. Valery Gartung, qui préside la commission de la concurrence, a évoqué l’hyperinflation que la Russie a connue après la chute de l’Union soviétique. « Que faisons-nous à ce sujet ? Imprimer de l’argent ou quoi ? Comme en ’92, quand les prix augmentaient de 30 % chaque semaine ? Nous comprenons que ce n’est pas la solution. »
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