Strategy, l’entreprise qui détient le plus de bitcoins au monde, risque à nouveau d’être exclue des indices boursiers mondiaux de MSCI. Le fournisseur d’indices a adopté hier soir de nouvelles règles visant à écarter les sociétés sans véritable activité opérationnelle.

Strategy avait échappé à une telle exclusion en début d’année. Cette fois, sa marge de manœuvre est bien plus étroite : MSCI ne se concentre plus sur les réserves de cryptomonnaies, mais sur l’activité de l’entreprise elle-même.

Strategy ne satisfait pas aux nouveaux critères de MSCI

MSCI exclura désormais de ses Global Investable Market Indexes les sociétés dont les actifs sont essentiellement passifs. Ces indices boursiers mondiaux sont répliqués à l’identique par des fonds indiciels.

MSCI vérifie d’abord si au moins la moitié des actifs sont affectés à l’exploitation. Dans le cas contraire, l’entreprise est soumise à cinq tests financiers, portant notamment sur les flux de trésorerie générés par son activité.

Une société qui échoue à quatre de ces cinq tests ne pourra plus figurer dans les indices. Les entreprises déjà présentes bénéficient toutefois d’un délai : elles devront échouer sur la base de deux rapports annuels consécutifs avant d’être exclues.

Lors d’une simulation fondée sur les données de mai, MSCI a déjà placé Strategy parmi les sociétés à exclure. Metaplanet, parfois surnommée la « Strategy asiatique », figurait également sur cette liste.

SharpLink, spécialisée dans l’Ethereum, a seulement été placée sous surveillance, n’ayant échoué qu’une fois. Pour Strategy, qui détient plus de 848 000 bitcoins, ce délai ne semble donc pas offrir de protection.

Strategy a été, fin 2020, la première société cotée à acheter des bitcoins et a toujours conservé les réserves les plus importantes, alors que 199 autres entreprises lui ont depuis emboîté le pas. La société de Michael Saylor détient plus de 848 000 bitcoins, valorisés actuellement à près de 70 milliards de dollars.

La liste définitive sera publiée le 11 novembre. Les changements prendront effet après la clôture des marchés le 30 novembre.

L’action MSTR a encore gagné 5,62 % hier, à 151,29 dollars, avant de céder plus de 2 % dans les échanges nocturnes. Le cours du Bitcoin a reculé de 0,5 % après l’annonce, mais s’est rapidement redressé.

Quelles conséquences en cas d’exclusion de Strategy ?

Les fonds indiciels qui répliquent les indices MSCI devront alors vendre leurs actions MSTR. Selon l’entreprise, cela représente environ 13 millions de titres, soit quelque 3,1 % du total. Leur valeur actuelle approche les 2 milliards de dollars.

Selon Timothy Peterson, fondateur de Cane Island Alternative Advisors, ces ventes pourraient entraîner une baisse du cours de 10 %. Il estime que ce mouvement serait mécanique, sans lien avec le sentiment des investisseurs.

Il explique que les ventes forcées augmentent l’offre de titres et font baisser le cours jusqu’à ce que des acheteurs absorbent cet afflux.

Strategy n’aura pas à vendre de bitcoins pour autant, et son action restera cotée au Nasdaq. Par ailleurs, ces 13 millions de titres ne représentent qu’un peu plus de la moitié du volume moyen échangé sur une séance.

Le principal risque se situe toutefois ailleurs. Selon les analystes de JPMorgan dirigés par Nikolaos Panigirtzoglou, les sorties de capitaux pourraient atteindre 8,8 milliards de dollars supplémentaires si d’autres fournisseurs d’indices suivent MSCI.

Strategy émet en effet de nouvelles actions pour acheter des bitcoins. Ce modèle ne fonctionne que tant que les investisseurs sont prêts à souscrire à ces émissions.

Depuis l’été dernier, Strategy lève toutefois l’essentiel de ses fonds grâce à STRC, une action de préférence qui verse une rémunération mensuelle. Ce titre n’entre pas dans les indices MSCI.

Une deuxième tentative après l’abandon du critère crypto

Fin 2025, MSCI envisageait d’exclure les entreprises dont les cryptomonnaies représentaient au moins la moitié des actifs. Le 6 janvier, le fournisseur d’indices y a finalement renoncé à la dernière minute.

Depuis, MSCI ne prend toutefois plus en compte les nouvelles actions émises par ces sociétés. Il a également lancé un examen plus large des entreprises dites « non opérationnelles ».

Il s’agit de sociétés qui détiennent principalement des actifs, sans exercer d’activité opérationnelle significative, à l’image d’un fonds d’investissement. Alors que MSCI ne regardait auparavant que les réserves de cryptomonnaies, il examine désormais l’ensemble du bilan.

Le président exécutif Michael Saylor et le directeur général Phong Le avaient qualifié ces projets de discriminatoires en début d’année. Dans une lettre de septembre, l’entreprise est allée plus loin.

Elle y affirmait que l’adoption du projet n’aurait pas d’incidence significative sur ses activités, mais porterait gravement atteinte à la réputation de MSCI en tant que fournisseur d’indices fiable et neutre.

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