Steve Eisman, connu pour son pari baissier gagnant contre le marché immobilier américain avant la crise de 2008, a vendu sa position dans Google. Non pas parce qu’il serait soudain devenu pessimiste sur la technologie, mais parce qu’il veut réduire son exposition à l’IA.
Eisman détenait Alphabet depuis de nombreuses années et a cédé sa position alors que l’action évoluait près de ses records. Depuis, le titre a reculé d’environ 20 %. Son avertissement dépasse toutefois le seul cas d’Alphabet.
Selon Eisman, l’ensemble du marché est désormais devenu un vaste pari sur l’IA.

Tout repose sur l’IA
Eisman estime que les investisseurs sont moins diversifiés qu’ils ne le pensent. Un portefeuille classique composé de 60 % d’actions et de 40 % d’obligations paraît équilibré sur le papier. Mais, selon lui, cette image est trompeuse, car une grande partie du marché actions est désormais liée, directement ou indirectement, à l’IA.
L’argument n’est pas dénué de fondement. Le secteur technologique et les services de communication représentent ensemble près de la moitié du S&P 500. En y ajoutant Amazon et Tesla, officiellement classés dans la consommation discrétionnaire mais étroitement associés au récit de l’IA et de la tech, la part dépasse 50 %.
Le marché actions américain est ainsi devenu extrêmement dépendant d’un seul scénario : celui de la réussite de l’IA.
Les obligations aussi sont prises dans le récit de l’IA
Eisman va plus loin. Selon lui, la concentration autour de l’IA ne concerne pas seulement le marché actions. Le marché obligataire est lui aussi de plus en plus influencé par la vague d’investissements des hyperscalers.
Selon la SIFMA, 14,2 % des émissions d’obligations d’entreprises américaines au deuxième trimestre provenaient du secteur high-tech, tandis que les financières représentaient une part bien plus importante. À strictement parler, l’IA ne constitue donc pas la majeure partie des nouvelles émissions obligataires.
Mais la tendance de fond est, elle, significative. Cinq hyperscalers de l’IA ne représentaient fin 2025 que 3 % de l’encours des obligations d’entreprises américaines investment grade, mais début mai, ils comptaient déjà pour plus de 15 % des nouvelles émissions de l’année.
Sur le high yield, le basculement est encore plus marqué. Ces mêmes acteurs auraient représenté 41 % des émissions hors refinancement, alors que leur poids dans les indices est bien plus faible. Cela montre à quelle vitesse le cycle d’investissement dans l’IA gagne aussi le marché de la dette.
Les hyperscalers doivent continuer d’investir
Microsoft, Meta, Amazon, Alphabet et les autres hyperscalers doivent continuer d’investir dans les centres de données, les puces, l’approvisionnement énergétique et les infrastructures d’IA pour ne pas décrocher dans la course. Mais ces investissements sont considérables.
Alphabet a récemment subi une pression en Bourse après avoir relevé ses prévisions de dépenses d’investissement pour 2026, désormais attendues entre 195 et 205 milliards de dollars. Le marché ne veut plus seulement entendre que les entreprises consacrent davantage de moyens à l’IA.
Les investisseurs veulent savoir ce que cela rapporte. Davantage de chiffre d’affaires. Des marges plus élevées. Des flux de trésorerie disponibles plus solides. Des rendements concrets sur le capital engagé. Sans ces preuves, chaque nouvelle vague d’investissements devient plus difficile à justifier.
Un test crucial cette semaine
Le calendrier de l’avertissement d’Eisman est important. Microsoft et Meta publieront leurs résultats trimestriels le 29 juillet. Amazon suivra le 30 juillet. Le marché recevra donc, en quelques jours, plusieurs mises à jour majeures sur les dépenses liées à l’IA, la croissance du cloud, les marges et les flux de trésorerie disponibles.
Ces annonces peuvent apaiser temporairement les inquiétudes. Mais elles peuvent aussi les renforcer. Si les hyperscalers annoncent de nouvelles hausses de leurs dépenses d’investissement sans revenus convaincants en face, le marché pourrait devenir plus exigeant. À l’inverse, une réduction des plans d’investissement serait aussi une mauvaise nouvelle pour Nvidia, SK Hynix, Samsung, Micron, TSMC et les autres gagnants du cycle d’infrastructures liées à l’IA.
C’est tout le dilemme. Le marché veut que les dépenses dans l’IA se poursuivent, mais pas qu’elles augmentent indéfiniment sans rendement.
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