Le Japon peut sembler éloigné de Wall Street et du Bitcoin. Il est pourtant aujourd’hui l’un des rouages essentiels du système financier mondial.

Donald Trump s’est entretenu la semaine dernière avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi au sujet de la faiblesse du yen. Selon le ministre japonais des Finances, le président américain a exprimé clairement ses inquiétudes face à la dépréciation de la devise.

L’enjeu dépasse largement la seule question commerciale. La combinaison d’un yen faible et d’une hausse rapide des rendements obligataires japonais pourrait, à terme, pousser les taux américains à la hausse.

Le Japon finance les États-Unis

Le Japon figure parmi les plus grands détenteurs d’obligations d’État américaines. Un point crucial, alors que Washington doit financer chaque année des volumes considérables de dette.

Les investisseurs japonais ont longtemps joué un rôle important dans ce financement. Les taux étant proches de zéro dans leur propre pays, les bons du Trésor américain étaient nettement plus attractifs.

Mais la situation évolue rapidement. La Banque du Japon a relevé ce mois-ci son taux directeur à 1,25 %, son plus haut niveau depuis 31 ans. Dans le même temps, les rendements des obligations japonaises ont eux aussi fortement progressé.

Résultat : les investisseurs japonais ont de plus en plus intérêt à conserver leurs capitaux sur leur marché domestique.

Moins de capitaux japonais pourrait faire monter les taux américains

C’est là que réside le risque pour les États-Unis. Si les investisseurs japonais achètent moins de bons du Trésor américain, voire rapatrient des fonds vers le Japon, Washington devra trouver d’autres acheteurs.

Ces derniers pourraient exiger des rendements plus élevés. Le moment est particulièrement délicat, alors que le taux américain à 10 ans dépasse déjà 5 %.

En outre, le Japon peut vendre des actifs étrangers lorsqu’il intervient pour soutenir le yen. Les États-Unis et le Japon sont déjà intervenus cet été, alors que la devise japonaise se rapprochait de son plus bas niveau en quatre décennies.

Les inquiétudes américaines concernant le Japon ne se limitent donc pas aux exportations ou aux taux de change. Elles touchent aussi, in fine, au coût de financement de l’État américain.

Et c’est là que le Bitcoin entre en scène

Pour le Bitcoin, le Japon représente un second risque. Pendant des années, les investisseurs ont pu emprunter des yens à bas coût, puis placer ces fonds dans des actions, des obligations et d’autres actifs risqués.

C’est ce que l’on appelle le yen carry trade. Tant que les taux japonais restaient extrêmement bas et que le yen demeurait faible, cette stratégie fonctionnait très bien. Mais dès que la Banque du Japon relève ses taux ou que le yen se renforce brusquement, ces positions peuvent se retrouver sous pression.

Les investisseurs doivent alors racheter des yens pour rembourser leurs emprunts, ce qui les conduit à vendre d’autres actifs. Le Bitcoin peut en subir fortement les conséquences.

C’est notamment ce qui s’est produit lors des tensions de marché d’août 2024, lorsque le débouclage rapide des carry trades a coïncidé avec de fortes baisses sur les marchés actions et les cryptomonnaies.

Le Japon prend une importance croissante

Une hausse des taux japonais peut attirer des capitaux hors des obligations américaines comme des actifs risqués. Dans le premier cas, elle peut pousser encore plus haut les taux longs américains. Dans le second, elle peut peser directement sur les actions et le Bitcoin.

Le Japon n’est donc plus un sujet réservé aux cambistes. L’évolution du yen et du marché obligataire japonais devient un facteur macroéconomique de plus en plus déterminant pour presque tous les investisseurs.

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