Leopold Aschenbrenner s’est imposé en peu de temps comme l’un des noms les plus commentés à Wall Street. Non pas parce qu’il aurait dirigé pendant des années un hedge fund à succès, mais parce que son fonds « Situational Awareness » est devenu cette année le symbole de l’envolée de l’IA, autant que de ses risques.
Ce jeune Allemand, ancien chercheur chez OpenAI, est considéré comme l’une des voix les plus influentes du débat sur l’intelligence artificielle. Son fonds a enregistré des performances spectaculaires grâce aux valeurs liées à l’IA, avant d’être durement touché cette semaine par la forte correction du secteur. Il a finalement dû céder une grande partie de ses positions cotées.
Du prodige au gourou de l’IA
Originaire d’Allemagne, Aschenbrenner a intégré Columbia University dès l’âge de 15 ans. En 2021, il en est sorti major de sa promotion. Il a ensuite brièvement travaillé pour le FTX Future Fund, le fonds d’investissement philanthropique de l’entrepreneur crypto Sam Bankman-Fried, depuis condamné par la justice.
Il a ensuite rejoint OpenAI, où il s’est consacré à la sécurité de l’IA. Après son départ en 2024, il a publié l’essai « Situational Awareness », dans lequel il estimait que l’intelligence artificielle générale (AGI) pourrait devenir réalité d’ici quelques années. Très lu dans la Silicon Valley et à Washington, ce texte a fait de lui une figure influente du débat sur l’IA.
Son hedge fund a profité de l’envolée de l’IA
En 2024, Aschenbrenner a lancé le hedge fund Situational Awareness. Un choix d’autant plus remarqué qu’il ne disposait alors que de très peu d’expérience professionnelle dans l’investissement.
Le fonds a massivement misé sur les entreprises appelées à bénéficier de la révolution de l’IA. Pas seulement les développeurs de modèles, mais surtout les sociétés qui fournissent l’infrastructure nécessaire, comme les fabricants de puces, les producteurs de mémoire, les acteurs du cloud et les groupes énergétiques.
Le fonds a également investi dans des entreprises non cotées, parmi lesquelles la société d’IA Anthropic et la start-up de semi-conducteurs MatX.
Cette stratégie a d’abord semblé particulièrement payante. Selon plusieurs informations, le fonds affichait jusqu’à fin mai une performance d’environ 270 % après frais.
La correction le contraint à vendre
La récente vague de ventes sur les valeurs liées à l’IA a toutefois rappelé avec brutalité la fragilité d’une stratégie très concentrée.
Face à la forte baisse des cours, Situational Awareness s’est retrouvé sous pression. Le fonds a alors vendu l’essentiel de son portefeuille coté. Une part importante de ces positions a été reprise par Citadel, le hedge fund du milliardaire Ken Griffin.
Selon plusieurs informations, Situational Awareness a travaillé avec des banques d’affaires comme Bank of America, Goldman Sachs et JPMorgan afin de respecter ses appels de marge et de réduire ses positions de manière ordonnée. Les investissements privés, dont la participation dans Anthropic, ont pour l’heure été conservés.
Pourquoi Wall Street continue de le suivre de près
Malgré cette vente forcée, Aschenbrenner reste un nom que les investisseurs surveillent attentivement. Son fonds a montré l’ampleur des gains possibles lorsqu’une grande tendance technologique est correctement anticipée, mais aussi la rapidité avec laquelle le sentiment de marché peut se retourner lorsque les valorisations sont mises sous pression.
Son parcours illustre ainsi la principale leçon de l’engouement actuel pour l’IA : la demande d’infrastructures liées à l’intelligence artificielle peut continuer de croître, tandis que les investisseurs doivent composer avec une volatilité extrême et des attentes qui évoluent très vite.
Aschenbrenner apparaît dès lors non seulement comme un investisseur atypique, mais aussi comme un baromètre du sentiment autour de l’intelligence artificielle.
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