Le Japon accentue la pression sur les réseaux financiers russes. Le gouvernement a inscrit Garantex Europe OU, la société qui exploite la plateforme d’échange de cryptomonnaies Garantex, sur sa liste nationale de sanctions. Cette décision entraîne le gel de ses avoirs et impose aux entreprises japonaises du secteur des contrôles renforcés sur leurs partenaires.
Garantex est le seul acteur des cryptomonnaies visé par ce vaste ensemble de sanctions japonaises contre des organisations et des personnes liées à la Russie. Les mesures ne se limitent pas aux paiements classiques : elles couvrent aussi les transactions sur actifs numériques.
Le Japon renforce les contrôles sur les transactions en cryptomonnaies
Ces sanctions s’inscrivent dans le cadre de la loi japonaise sur les changes et le commerce extérieur (FEFTA). Les paiements à destination d’entités ou de personnes sanctionnées nécessitent désormais une autorisation. Des restrictions s’appliquent également aux prêts et à plusieurs autres opérations financières.
Le secteur des cryptomonnaies est lui aussi concerné. Avant d’exécuter une transaction, les prestataires japonais de services sur cryptoactifs doivent vérifier qu’aucune personne ou organisation sanctionnée n’y participe. Le Japon entend ainsi empêcher l’utilisation des cryptomonnaies pour contourner les sanctions financières.
Pour Garantex, cette décision restreint davantage l’accès aux services financiers proposés par des acteurs japonais.
Fondée en 2019, la plateforme s’est développée depuis Moscou et Saint-Pétersbourg pour devenir une place d’échange importante pour les utilisateurs russes. Ceux-ci pouvaient notamment y convertir leurs roubles en Bitcoin (BTC).
Avec cette mesure, le Japon rejoint d’autres grandes économies qui avaient déjà pris des sanctions contre Garantex. Le cours du Bitcoin n’a guère réagi à l’annonce.
Les États-Unis avaient déjà sanctionné Garantex
Les difficultés de Garantex ont commencé plusieurs années avant la décision japonaise. Les États-Unis avaient inscrit la plateforme sur leur liste de sanctions dès avril 2022.
Selon l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), l’organisme américain chargé des sanctions financières, plus de 100 millions de dollars de transactions effectuées via Garantex étaient alors liés à des criminels et à des places de marché illégales sur le dark web.
En mars 2025, les autorités ont intensifié leur action. Les autorités américaines, avec le concours des services d’enquête allemands et finlandais, ont saisi plusieurs noms de domaine de Garantex. Plus de 26 millions de dollars d’avoirs ont également été gelés. Ces mesures ont largement paralysé les échanges sur la plateforme.
Le lendemain, les dirigeants de Garantex Aleksandr Mira Serda et Aleksey Beshukov ont été inculpés aux États-Unis pour entente en vue de blanchir des fonds.
Selon les procureurs américains, Garantex avait traité au moins 96 milliards de dollars de transactions sur actifs numériques depuis avril 2019. Certaines auraient impliqué des acteurs américains après l’entrée en vigueur des sanctions en 2022.
La disparition de Garantex n’a toutefois pas entraîné celle de l’ensemble du réseau qui la soutenait. Une partie des utilisateurs et des avoirs a été transférée vers Grinex, la plateforme qui lui a succédé.
A7A5 a joué un rôle important dans cette transition. Cet actif numérique, adossé au rouble russe, a notamment servi à transférer les utilisateurs et les fonds vers la nouvelle infrastructure.
Grinex a fini par se retrouver à son tour dans le viseur des autorités américaines. En août 2025, l’OFAC a étendu ses sanctions à Grinex, à six entreprises liées et à trois dirigeants de Garantex.
Le Japon va moins loin pour l’instant. Garantex figure désormais sur sa liste de sanctions, mais pas Grinex.
Les sanctions pèsent davantage sur le réseau russe de cryptomonnaies
L’ampleur des échanges en A7A5 est également notable. Selon des analyses des transactions sur la blockchain, ce jeton lancé en janvier 2025 a enregistré plus de 100 milliards de dollars de transactions au cours de sa première année.
Les sanctions internationales semblent ensuite avoir fortement freiné son utilisation. En juin 2026, le volume quotidien moyen des transactions s’élevait à environ 24,3 millions de dollars, soit une baisse d’environ 96 % par rapport au pic de juillet 2025.
Grinex a entre-temps rencontré d’autres difficultés. La plateforme a suspendu ses activités en avril 2025 après une cyberattaque. Selon l’entreprise, un État hostile en serait à l’origine. Plus de 1,9 milliard de yens d’avoirs appartenant aux utilisateurs auraient été dérobés lors de l’attaque.
Les sanctions contre Garantex s’inscrivent dans un ensemble plus large de mesures japonaises. Au total, 33 organisations et neuf personnes sont visées. Le Japon a également imposé des restrictions à 35 navires liés à la « flotte fantôme » russe.
Cette flotte servirait notamment à contourner les sanctions internationales visant le commerce du pétrole russe. Les services tels que les réparations et les assurances nécessitent donc une autorisation. Certains prêts et garanties liés à la vente ou à la location de ces navires sont également soumis aux nouvelles règles.
Pour les contrats conclus avant l’entrée en vigueur des mesures, une période transitoire s’applique sous certaines conditions jusqu’au 1er novembre.
Le Japon a par ailleurs instauré des restrictions à l’exportation visant quatre organisations situées hors de Russie : une en Turquie et trois aux Émirats arabes unis. Le gouvernement cible ainsi également des acteurs étrangers susceptibles de contribuer aux flux commerciaux et financiers russes.
Les nouvelles règles ont des conséquences immédiates pour les entreprises japonaises du secteur des cryptomonnaies. Elles doivent désormais vérifier, avant toute opération, si celle-ci est liée à une personne ou une entité sanctionnée. Les mesures sont déjà en vigueur.
Grinex et A7A5 sont soumis à des sanctions américaines depuis août 2025, mais ne figurent pas actuellement sur la liste japonaise. On ignore encore si le Japon étendra ses mesures à ces acteurs.
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