Alors que la majeure partie de la demande mondiale d’or provient désormais d’Asie, les principaux prix sont encore fixés à Londres et à New York. Singapour entend changer cela. La cité-État d’Asie du Sud-Est veut avec ses ambitieux projets déplacer le centre de gravité du marché de l’or vers l’Asie.
L’Asie achète l’or, Londres fixe le prix
Le marché mondial de l’or est à la veille d’un glissement de pouvoir silencieux. L’Asie représente environ 70 % de la demande annuelle d’or, mais l’infrastructure de la négociation reste majoritairement occidentale. Londres joue un rôle clé dans la formation des prix depuis des décennies, tandis que New York est crucial pour le marché à terme.
Cette situation devient de plus en plus problématique. Lorsque les investisseurs asiatiques, les banques ou les banques centrales veulent réaliser de grandes transactions en or, ils dépendent souvent de marchés qui fonctionnent principalement selon les horaires occidentaux. Justement quand l’Asie est active, la liquidité peut être plus faible.
Singapour y voit une opportunité. Le pays ne veut plus seulement être un hub de transit pour les capitaux, mais devenir un centre névralgique où l’or est stocké, échangé et liquidé. Cela constitue une attaque directe contre la domination traditionnelle de Londres et de New York.
Singapour veut s’emparer de la puissance du marché de l’or
La Singapore Exchange développe un nouveau système de compensation pour l’or physique stocké à Singapour. Ce système devrait être opérationnel d’ici la fin de l’année. Six grandes banques soutiennent cette initiative : DBS, Deutsche Bank, ICBC Standard Bank, JPMorgan, OCBC et UOB.
Avec un tel système de compensation, les grandes transactions en or peuvent être finalisées plus facilement, sans que le marché ne dépende entièrement de Londres ou de New York. Le commerce interbancaire devrait s’intensifier à partir de 2027.
L’Autorité monétaire de Singapour prend également des mesures. À partir d’octobre, les banques centrales étrangères et les institutions étatiques pourront stocker leur or à Singapour. De plus, le pays supprime une limite d’investissement sur les métaux précieux physiques dans certains régimes fiscaux. Cela offre plus de liberté aux fonds et family offices pour détenir de l’or.
Singapour n’est pas la seule ville à vouloir saisir cette opportunité. Hong Kong travaille également sur son propre système de compensation pour l’or et souhaite le lancer dès juillet. Une course s’engage ainsi pour devenir le principal centre de l’or en Asie.
L’enjeu est de taille. Celui qui s’empare du stockage, de la négociation et du règlement de l’or acquiert plus d’influence sur un marché historiquement dominé par l’Europe. La demande d’or s’est déjà déplacée vers l’Asie. L’Asie tente désormais de s’emparer aussi de la puissance de l’infrastructure.
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