Une obligation d’État américaine rapportant plus de 5 % peut sembler, à première vue, particulièrement attractive. Pourtant, Anshul Sehgal, chez Goldman Sachs, n’y voit pour l’instant qu’un intérêt limité.

Le coprésident mondial des activités taux, changes et matières premières de Goldman privilégie plutôt la puissance de calcul liée à l’IA, les centres de données et les néoclouds.

Son raisonnement est le suivant : les obligations offrent un rendement correct, mais le potentiel de hausse lui paraît bien plus important dans les infrastructures d’intelligence artificielle.

Pourquoi 5 % ne lui suffit pas

Le rendement des emprunts d’État américains à 30 ans est désormais monté autour de 5,56 %. Sehgal estime pourtant que ce niveau ne constitue pas automatiquement un point d’entrée attractif pour les investisseurs. Selon lui, les taux longs restent soumis à des pressions structurelles.

Le taux américain à 30 ans a fortement progressé.
Le taux américain à 30 ans a fortement progressé. Source : TradingView

L’une des principales raisons tient au fait que les Américains vieillissants achètent moins d’obligations de long terme qu’auparavant. Dans le même temps, le marché voit arriver de plus en plus de financements à long terme destinés aux gigantesques investissements dans l’IA.

Une offre plus abondante et moins d’acheteurs naturels pèsent sur les cours obligataires, ce qui pousse les rendements à la hausse. À cela s’ajoutent les incertitudes sur la soutenabilité de la dette publique américaine.

Pour Goldman, l’IA est le pari asymétrique

Sehgal préfère donc regarder l’autre versant de ce même cycle du capital. Son thème favori est la « position longue sur la puissance de calcul ». Il désigne par là les investissements dans la puissance de calcul dédiée à l’IA, les centres de données et les néoclouds, qui louent leurs capacités aux entreprises entraînant et exploitant des modèles d’intelligence artificielle.

Il y voit un pari asymétrique. Le risque de perte sur une action peut évidemment être élevé, mais les entreprises qui réussissent peuvent, selon lui, voir leur valeur multipliée plusieurs fois. Avec une obligation d’État offrant 5 %, le potentiel de hausse est beaucoup plus limité.

Mais ce pari comporte un point faible évident

Cette stratégie liée à l’IA n’est pas sans risque. Beaucoup d’entreprises financent leurs infrastructures par la dette. C’est précisément ce qui rend la hausse des rendements obligataires dangereuse.

Plus les taux longs restent au-dessus de 5 %, plus il devient coûteux de financer centres de données, puces et infrastructures énergétiques. Sehgal reconnaît donc qu’il s’agit de positions à effet de levier.

Si les coûts de financement augmentent trop fortement ou si les flux de trésorerie attendus déçoivent, les valorisations peuvent rapidement se retrouver sous pression.

Une Fed pas encore assez restrictive

La politique de la banque centrale américaine entre également en ligne de compte. Sehgal rappelle qu’après la récente hausse des taux, le président de la Fed, Kevin Warsh, a répété à plusieurs reprises que la banque centrale se contentait surtout de retirer les mesures de soutien précédentes.

Selon lui, cela signifie que la Réserve fédérale ne se considère pas encore comme véritablement restrictive. C’est un point important. Si les taux doivent encore monter, l’impact se fera surtout sentir sur les consommateurs et les entreprises dépendants du financement.

Pour les infrastructures d’IA, cela crée une situation particulière. Les mêmes taux élevés qui rendent les obligations plus attractives financent aussi indirectement l’immense déploiement de l’intelligence artificielle. Sehgal estime, pour l’heure, que c’est là que se trouve la meilleure opportunité.

Non pas en bloquant un rendement de 5 % pendant trente ans, mais en misant sur les entreprises qui fournissent la puissance de calcul au cœur du cycle d’investissement dans l’IA.

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