Marine Le Pen veut réduire le déficit public français bien plus rapidement que ne le prévoit le gouvernement actuel. La candidate à la présidence souhaite également que la Banque centrale européenne (BCE) intervienne pour faire baisser les coûts de financement des États européens, qui ont fortement augmenté. Avec ces propositions, elle cherche à rassurer les investisseurs, alors que les inquiétudes autour de la dette française s’accentuent.
Les marchés financiers portent un regard de plus en plus critique sur la France. L’incertitude politique reste forte et les taux auxquels le pays emprunte ont nettement augmenté. À l’approche de l’élection présidentielle, Marine Le Pen met donc ses propositions économiques au premier plan.
Le Pen veut réduire fortement le déficit public français
Marine Le Pen veut ramener le déficit public français à 3,7 % du produit intérieur brut l’an prochain, bien en deçà des 5 % visés par le gouvernement actuel. Le déficit devrait ensuite diminuer pour atteindre 2,2 % en 2032.
Selon Marine Le Pen, un effort aussi important est nécessaire pour regagner la confiance des investisseurs.
Lors de la présentation de son programme à Paris, elle a expliqué que cet effort radical était un choix assumé : il doit envoyer un signal clair sur la fin de la dégradation des finances publiques et permettre aux marchés de considérer à nouveau la France comme un partenaire fiable.
Une grande partie des économies doit provenir d’une baisse des dépenses publiques. Marine Le Pen souhaite notamment réduire la contribution française au budget de l’Union européenne et les dépenses liées à l’immigration.
Ce programme va nettement plus loin que les efforts engagés récemment par les gouvernements français pour réduire le déficit. Ses adversaires mettent en garde contre ses conséquences économiques. Le candidat de gauche à la présidence, Jean-Luc Mélenchon, a accusé Marine Le Pen de chercher à obtenir l’approbation des spéculateurs. Selon lui, sa politique risquerait au contraire de paralyser l’économie et, à terme, de creuser davantage le déficit et la dette publique.
Le gouvernement actuel prévoit lui aussi un effort budgétaire important. Le projet de budget pour l’an prochain comprend 43 milliards d’euros de nouvelles mesures. Avec celles déjà annoncées, l’effort total atteint 54 milliards d’euros. Les retraites, les prestations sociales, les arrêts maladie pris en charge par l’État et les effectifs de la fonction publique sont notamment concernés.
La crise de la dette française met la BCE sous pression
Marine Le Pen sollicite également la BCE. Selon elle, la banque centrale doit aider les États européens à dégager des marges de manœuvre budgétaires pour investir, notamment dans la défense et la technologie.
Elle estime que la BCE doit intervenir pour permettre aux pays de la zone euro de financer les investissements nécessaires à leur souveraineté, qu’il s’agisse de la défense ou du rattrapage de leur retard technologique.
Cette intervention pourrait, selon elle, dégager plusieurs dizaines de milliards d’euros de marges de manœuvre en Europe. Elle plaide aussi pour des conditions de financement avantageuses pour les projets climatiques.
Cette proposition risque toutefois de se heurter à une forte opposition. La BCE n’est pas autorisée à financer directement les États. Ses interventions sur le marché obligataire sont par ailleurs soumises à des conditions strictes.
Ce marché cristallise justement les inquiétudes autour de la France. Les investisseurs exigent une rémunération de plus en plus élevée pour le risque pris en achetant des titres de dette français. L’écart de rendement entre les obligations d’État françaises et allemandes a dépassé 150 points de base la semaine dernière, un niveau inédit depuis la crise de la dette européenne.

Les tensions se sont légèrement apaisées mardi. L’écart de rendement entre les obligations d’État à dix ans a reculé de trois points de base, à environ 133 points de base. Il avait récemment culminé autour de 160 points de base.
La hausse des coûts de financement pèse d’autant plus lourd que la France peine à maîtriser ses finances publiques. Le gouvernement minoritaire est resté très loin de son précédent objectif de réduction du déficit. Il ne dispose pas non plus d’un soutien politique suffisant pour adopter rapidement de nouvelles mesures.
À cela s’ajoute l’approche de l’élection présidentielle. Marine Le Pen dispose actuellement d’une large avance dans les sondages pour le premier tour, prévu en avril. Jusqu’à présent, toutefois, peu de détails étaient connus sur son programme économique.
Lors de ses précédentes campagnes présidentielles, ses propositions économiques avaient suscité l’inquiétude des investisseurs. Marine Le Pen défendait alors notamment une sortie de la France de l’euro. Elle a depuis modéré cette position.
La semaine dernière, elle a notamment présenté une nouvelle règle budgétaire qui obligerait les futurs gouvernements à soumettre des plans de réduction de la dette publique. Elle maintient toutefois des promesses électorales coûteuses, comme une baisse de la fiscalité sur les carburants et la possibilité, pour certains salariés, de partir à la retraite dès 60 ans.
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