Les pays ne pourront décider d’une nouvelle libération de réserves stratégiques de pétrole qu’une fois la durée et l’intensité du conflit avec l’Iran clarifiées, déclare le ministre français des Finances Roland Lescure au Financial Times.
La France tempère ainsi les attentes selon lesquelles les pays occidentaux pourraient rapidement remettre sur le marché d’importantes quantités de pétrole issues de leurs réserves d’urgence pour atténuer la crise énergétique.
Les réserves de pétrole ne sont pas infinies
Pour Lescure, le problème est simple : les réserves stratégiques ne sont pas illimitées. Les gouvernements peuvent utiliser ces stocks pour pallier des pénuries temporaires, mais pas pour compenser de manière permanente une perturbation durable.
« Nous ne pouvons pas libérer de stocks sans avoir une vision claire de la durée et de l’intensité du conflit », précise Lescure.
Plus tôt cette année, les 32 pays de l’Agence internationale de l’énergie ont mis sur le marché ensemble 400 millions de barils de pétrole et de produits raffinés. Cette démarche a contribué à faire baisser temporairement le prix du pétrole et à réduire la volatilité.
Cependant, cette marge de sécurité supplémentaire sera épuisée dans les semaines à venir, posant ainsi la question de la nécessité d’une deuxième libération coordonnée.
Le détroit d’Ormuz reste crucial
Le cœur du problème demeure le détroit d’Ormuz. Ce passage maritime étroit représente normalement environ 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. La menace d’attaques iraniennes sur les navires maintient la route en grande partie fermée.
Selon Lescure, une nouvelle libération des réserves n’aurait de sens que si l’on sait quand le détroit peut rouvrir. Même dans ce cas, il faudrait encore des semaines pour que le pétrole parvienne de nouveau en Europe, en Asie et dans d’autres régions.
Une libération temporaire pourrait alors faciliter la transition, mais selon la France, les conditions ne sont pas encore réunies pour cela.
L’AIE prête à intervenir
Le directeur de l’AIE, Fatih Birol, affirme que l’agence est prête à agir immédiatement si les conditions du marché l’exigent. Il souligne toutefois que toute nouvelle libération dépendra de l’évolution du marché et de la décision de tous les États membres.
Birol décrit la crise énergétique actuelle comme étant plus grave que les crises pétrolières des années 70 et le choc suivant l’invasion russe de l’Ukraine réunis. Les réserves stratégiques ont jusqu’à présent permis de limiter les dégâts, mais elles ne constituent pas une solution structurelle.
Le prix du pétrole Brent avait chuté de plus de 11 % après la première libération en mars, tombant sous les 90 dollars le baril, mais il a ensuite remonté. Jeudi, le Brent se négociait autour de 108 dollars.
Les dommages économiques s’accumulent
Les conséquences de la guerre en Iran sont désormais visibles dans le monde entier. La croissance ralentit, l’inflation augmente et les budgets publics sont sous pression.
Jeudi, l’Union européenne a abaissé sa prévision de croissance pour cette année de 1,2 % à 0,9 %. En même temps, Bruxelles anticipe désormais une inflation dans la zone euro de 3 %, contre une estimation précédente de 1,9 %.
Pour les banques centrales, cette situation constitue un dilemme. Lescure s’interroge sur la nature de la crise : s’agit-il d’un choc principalement récessif ou stagflationniste ? Selon lui, la réponse n’est pas encore claire.
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