Les marchés financiers internationaux sont sous pression. Alors que la banque centrale américaine laisse entrevoir de futures baisses de taux, un phénomène marquant se produit: les taux longs américains reculent, le dollar se renforce et, dans le même temps, les investisseurs affluent vers les obligations d’État américaines.
Des économistes parlent d’un « collateral squeeze », une pénurie des collatéraux les plus sûrs du système financier mondial: les obligations d’État américaines.
Cela a des conséquences qui vont bien au-delà de Wall Street
Que se passe-t-il exactement ?
Quand le dollar monte et que la demande d’obligations d’État américaines augmente, il se produit quelque chose que les économistes comparent à un manque d’oxygène: le monde a soif de dollars pour refinancer ses dettes, payer ses importations et couvrir les appels de marge.
- La liquidité se tarit: sous l’effet d’un mélange de resserrement quantitatif (les banques centrales réduisent la taille de leur bilan), de fortes émissions de dette publique américaine et de la réduction des coussins de liquidité des banques centrales, il y a moins de dollars disponibles.
- La demande mondiale explose: échanges commerciaux, dérivés et assurances sont libellés en dollars, ce qui pousse entreprises et banques partout à en avoir besoin.
- Le stress se propage: plus le dollar est rare, plus les coûts de financement grimpent.
Répercussions dans le reste du monde
L’impact varie selon les régions, mais le schéma est le même partout: des coûts plus élevés, moins de crédit, une croissance en berne.
- Amérique du Sud: l’appréciation du dollar renchérit l’alimentation et l’énergie, tandis que les banques centrales doivent puiser dans leurs réserves ou relever leurs taux.
- Zone euro: un euro affaibli augmente le coût des importations, les usines perdent en compétitivité et les banques subissent des tensions sur leur financement en dollars.
- Chine: le yuan s’affaiblit, les sorties de capitaux s’accélèrent et la banque centrale doit mobiliser ses réserves pour limiter les dégâts, au moment même où le secteur immobilier est sous pression.
Et puis, il y a l’or
Fait marquant: des pays comme la Chine, l’Inde, la Turquie et la Russie ont accumulé d’énormes réserves d’or ces dernières années. Elles font office de tampon discret. Le Bitcoin pourrait-il jouer le même rôle ?
- L’or, c’est de la valeur, pas de la liquidité: il préserve le pouvoir d’achat, mais ne permet pas de régler directement des engagements en dollars.
- L’or peut toutefois aider temporairement: les pays peuvent le nantir ou l’échanger auprès d’autres banques centrales ou institutions.
- Paradoxe: si l’or est mobilisé comme collatéral de secours, son prix peut au contraire grimper, car ce collatéral rare devient soudain plus précieux.
Jeu de pouvoir monétaire
Au fond, tout est question de rapports de force. Les États-Unis peuvent, via la rareté du dollar, mettre les autres pays sous pression, tandis que les pays riches en or tentent d’amortir le choc. Mais tant qu’il n’existe pas de système de paiement alternatif capable de remplacer le dollar, le monde reste pris dans la même toile.
Le jeu paraît technique — une courbe des taux qui s’aplatit — mais, en réalité, c’est de puissance géopolitique qu’il s’agit: qui détient l’oxygène du système financier mondial.
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