Le président américain Donald Trump a suspendu pour l’heure les nouveaux droits de douane et les sanctions visant la Russie. Une décision surprenante, puisqu’il avait lui-même promulgué le mois dernier la loi imposant ces mesures.

Pour faire baisser les prix du gazole, qui flambent aux États-Unis, Trump cherche désormais à coopérer avec le président russe Vladimir Poutine. Sa décision suscite des critiques au Congrès américain, à quelques semaines des élections de mi-mandat.

Trump suspend des droits de douane pouvant atteindre 500 %

Vendredi soir, Trump a signé un décret présidentiel activant une clause dérogatoire de la loi dite Graham. Ce texte, qui porte le nom du sénateur républicain Lindsey Graham, décédé en juillet, vise à accentuer la pression économique sur la Russie en raison de la guerre en Ukraine.

Ces mesures particulièrement sévères devaient entrer en vigueur le 18 octobre. La loi prévoit notamment des droits de douane de 100 % sur les produits provenant des cinq principaux pays acheteurs de pétrole et de gaz naturel russes. Des sanctions supplémentaires peuvent également viser les entreprises et les établissements financiers russes.

Pour les produits provenant directement de Russie, le dispositif prévoit en outre des droits de douane pouvant atteindre 500 %. De quoi renforcer considérablement la pression économique américaine sur Moscou.

Trump a formellement instauré ces mesures, mais en a immédiatement suspendu l’application. Les droits de douane restent donc sans effet pour le moment, tandis que le président conserve la possibilité de les appliquer ultérieurement.

Dans son décret, Trump justifie le report des sanctions par l’intérêt national des États-Unis. Il en a officiellement informé le Congrès.

La flambée du gazole rapproche Trump de Poutine

Cette décision répond à un problème économique majeur. Les prix du gazole aux États-Unis avoisinent des niveaux records, alors que les élections de mi-mandat du 3 novembre approchent à grands pas.

La hausse des prix du gazole ne touche pas seulement les automobilistes et les transporteurs. Ce carburant est aussi essentiel aux poids lourds, aux machines agricoles et à la distribution des marchandises. Lorsque le transport devient plus coûteux, les entreprises peuvent répercuter ces surcoûts sur les consommateurs.

Trump a donc annoncé la semaine dernière vouloir travailler avec Poutine pour remettre les stocks de gazole russe sur le marché mondial. Il espère ainsi accroître l’offre et faire baisser les prix des carburants.

Les nouvelles sanctions risqueraient de compromettre ces projets. En suspendant l’application des droits de douane, Trump évite également un éventuel conflit commercial avec de grands acheteurs d’énergie russe, dont la Chine, l’Inde et la Turquie.

La Russie accueille favorablement ce changement de cap américain. Kirill Dmitriev, un émissaire de premier plan de Poutine impliqué dans les négociations avec Washington, y voit un tournant historique. Selon lui, la coopération économique entre la Russie et les États-Unis sert les intérêts des deux pays.

Des critiques à Washington alors que la guerre se poursuit

La décision est politiquement sensible. Soutenue à la fois par des élus républicains et démocrates, la loi Graham visait précisément à durcir les mesures contre la Russie.

Graham voyait dans les sanctions économiques un levier essentiel pour pousser Poutine à négocier la fin de la guerre. Adoptée après sa mort, la loi a également pris une dimension symbolique.

Plusieurs sénateurs américains s’opposent désormais au rapprochement de Trump avec Moscou. Cette semaine, un groupe d’élus des deux partis a adressé une lettre au président, l’appelant à revenir sur les accords concernant le gazole russe et à appliquer la loi sur les sanctions.

Pendant ce temps, les combats se poursuivent sans relâche en Ukraine. Selon les forces armées ukrainiennes, la Russie a attaqué le pays la nuit dernière avec des missiles balistiques, des missiles de croisière et des centaines de drones. La Russie a également fait état d’attaques massives de drones ukrainiens.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ordonné la reprise des attaques contre les raffineries russes. Il met ainsi fin à une pause décidée après l’appel de Trump à une trêve concernant les infrastructures énergétiques.

Zelensky critique par ailleurs les restrictions d’accès à Starshield, la technologie satellitaire de SpaceX utilisée par l’Ukraine pour se défendre contre les attaques russes. Selon lui, ces restrictions affaiblissent les capacités de défense ukrainiennes.

Trump dément avoir ordonné de restreindre cet accès. Il affirme également ne pas penser qu’Elon Musk en soit responsable. Musk soutient de son côté que le gouvernement américain décide de l’utilisation du système.

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