Quand on parle d’intelligence artificielle (IA), la plupart des gens pensent encore aux chatbots et, désormais, aux agents autonomes. Nvidia, lui, y voit bientôt un robot d’entrepôt ou une voiture sans conducteur. Le géant des puces appelle cette branche l’IA physique et anticipe un marché multiplié par dix au cours de la prochaine décennie.
Une croissance de 26 % par an
L’IA physique désigne une intelligence artificielle capable de percevoir, de décider et d’agir seule dans le monde réel. Cette activité rapporte aujourd’hui environ 10 milliards de dollars par an à Nvidia, soit moins de 4 % de son chiffre d’affaires annuel de 303 milliards de dollars.
Jensen Huang, le patron de Nvidia, vise 100 milliards de dollars d’ici dix ans. En juillet, sur une scène à San Francisco, il a expliqué d’où venait cette ambition.
« Si je peux générer une vidéo d’un doigt en mouvement, si je peux générer une vidéo d’une main qui saisit un verre, pourquoi ne pourrais-je pas faire faire la même chose à un robot ? », a-t-il déclaré.
Huang a alors présenté les voitures autonomes comme la première application robotique disposant d’un marché assez vaste pour générer de réels revenus. Waymo et Tesla figurent déjà parmi ses clients.
Deepu Talla, vice-président chargé de la robotique et de l’IA en périphérie de réseau, avance un autre argument pour justifier cet objectif. Selon lui, près de 90 % de toutes les actions dans le monde relèvent de l’économie physique, et non d’un écran.
Une fois ramenée aux chiffres, la promesse paraît un peu moins spectaculaire. Passer de 10 à 100 milliards de dollars en dix ans implique une croissance de près de 26 % par an. C’est solide, mais sans commune mesure avec l’explosion des centres de données.
L’objectif fixé à dix ans correspond à peu près à ce que Nvidia encaisse aujourd’hui en un seul trimestre. Sur le dernier trimestre, le groupe a réalisé 96,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, soit plus du double par rapport à l’an dernier.
Nvidia n’intervient pas tant côté usages de l’IA que côté infrastructure. Le groupe vend les puces et les logiciels sur lesquels tournent les modèles développés par d’autres, principalement à des acteurs du cloud qui relouent ensuite cette puissance de calcul. Cette activité a généré 89 des 96,2 milliards de dollars de revenus du dernier trimestre.
L’IA physique dépend fortement de la Chine
La Chine est le premier marché mondial des robots industriels et a expédié environ 90 % de tous les robots humanoïdes au premier semestre de cette année. Les fabricants chinois de robots s’appuient presque tous sur les puces et les logiciels de Nvidia.
Washington interdit la vente à la Chine des puces d’IA les plus puissantes, mais les puces destinées aux robots et à l’automobile peuvent encore franchir la frontière. Pour Nvidia, l’intérêt est double.
Brady Wang, analyste chez Counterpoint Research, voit dans ce pays le cœur du plan. « La Chine est indispensable à la feuille de route de Nvidia dans l’IA physique », a-t-il déclaré au Wall Street Journal. Les entreprises chinoises testent toutefois des solutions alternatives de Huawei et Horizon Robotics, au cas où les règles seraient encore durcies.
La technologie elle-même freine aussi le rythme. Pour les modèles de langage, Internet regorge de textes et d’images. Pour les gestes physiques, en revanche, les données d’entraînement exploitables sont rares, et un robot doit composer avec la friction, le poids ou encore des personnes qui passent brusquement devant lui.
À cela s’ajoute le fait que Nvidia ne publie pas l’IA physique comme un segment distinct. Ces 10 milliards de dollars peuvent provenir de puces pour centres de données, de logiciels de simulation, de systèmes automobiles ou d’ordinateurs pour robots, sans que les investisseurs puissent vérifier cette répartition.
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