Les inquiétudes autour des investissements dans l’IA se propagent de plus en plus nettement des actions au marché du crédit. Les investisseurs vendent massivement les obligations émises pour financer les centres de données et les fournisseurs de services cloud spécialisés dans l’IA.

Certains emprunts se négocient désormais à des niveaux généralement associés à des difficultés financières.

La dette de CoreWeave approche des niveaux critiques

CoreWeave en est l’exemple le plus emblématique.

Les obligations de l’entreprise sont tombées sous les 75 cents pour un dollar de valeur nominale, tandis que leur rendement actuariel s’approche de 16 %.

Ce niveau est particulièrement élevé. La dette finançant de grands projets de centres de données liés notamment à Meta, Microsoft, Nvidia et Oracle a elle aussi fortement reculé.

Les obligations des centres de données sous forte pression.
Les obligations des centres de données sous forte pression. Source : FT

Les obligations de Project Excalibur, un centre de données de Blackstone loué à Microsoft, se négocient par exemple sous les 87 cents pour un dollar de valeur nominale.

Un écart majeur entre investissements et revenus

Une question concentre les inquiétudes : les entreprises de l’IA pourront-elles générer suffisamment de chiffre d’affaires pour rentabiliser leurs centres de données et leurs puces, tout en remboursant leurs dettes ?

Le cabinet d’études Gartner estime que cet objectif sera difficile à atteindre.

Selon ses calculs, les exploitants de centres de données devront générer quelque 8 500 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’ici à fin 2030 pour couvrir leurs investissements et leurs coûts de financement, tout en dégageant une rentabilité satisfaisante.

Or, Gartner prévoit que les dépenses effectives consacrées aux services d’IA fournis par ces centres n’atteindront qu’environ 3 600 milliards de dollars. L’écart est considérable.

Gartner estime même que 80 % des fournisseurs de services cloud spécialisés dans l’IA ne seront plus indépendants à l’horizon 2030.

Les oppositions locales aggravent la situation

À ces difficultés s’ajoutent les retards provoqués par l’opposition locale aux centres de données.

Les objections concernant la consommation d’eau et d’électricité, le bruit et la pollution de l’air retardent la délivrance des autorisations.

Ces retards fragilisent les projets largement financés par la dette. Chaque mois supplémentaire alourdit les charges d’intérêts, alors qu’aucun revenu n’est encore généré.

Le marché du crédit pose ses limites

Les investisseurs s’inquiètent également des financements dits circulaires, par lesquels fournisseurs, clients et investisseurs se financent mutuellement au sein d’une même chaîne de valeur de l’IA.

Ces mécanismes peuvent accélérer la croissance, mais ils fragilisent aussi l’ensemble dès qu’un acteur rencontre des difficultés.

Le signal essentiel n’est donc pas celui d’une disparition de la demande pour l’IA. Le marché du crédit s’interroge de plus en plus ouvertement sur la capacité de ces investissements colossaux à générer assez rapidement les revenus nécessaires au remboursement des dettes.

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