La forme d’escroquerie mondiale connue sous le nom de « pig butchering » prend rapidement l’ampleur d’une menace pour la sécurité internationale. Alors que l’arnaque visait auparavant surtout les consommateurs, des experts avertissent que les réseaux du crime organisé derrière ce procédé se professionnalisent et détournent des milliards via des plateformes crypto.
Dans un podcast récent, Andrew Fierman, responsable du renseignement pour la sécurité nationale chez Chainalysis, et l’ancienne procureure Erin West expliquent pourquoi les gouvernements du monde entier sont de plus en plus inquiets. Selon West, cette fraude ne touche pas seulement les particuliers : « Toute personne qui manipule de l’argent peut y être confrontée. La menace est bien plus grande qu’on ne le croit. »
En quoi consiste le « pig butchering »
Le « pig butchering » est une forme d’escroquerie où des criminels nouent, sur la durée, un contact en ligne avec leurs victimes, souvent via des applications de rencontre ou les réseaux sociaux. Une fois la confiance établie, les victimes sont incitées à investir sur de fausses plateformes crypto. Les fonds déposés sont aussitôt détournés et quasiment impossibles à récupérer.
Selon les chercheurs, cette arnaque est opérée par de vastes réseaux criminels en Asie du Sud-Est. Dans certains cas, des personnes sont forcées à approcher les victimes, ce qui signifie que la traite d’êtres humains fait partie intégrante de cette industrie.
La fraude s’accélère et coûte des milliards
Les dégâts ne cessent de s’alourdir à l’échelle mondiale. En 2023, le ministère américain de la Justice a saisi plus de 112 millions de dollars en cryptomonnaies liés à des arnaques de type « pig butchering ». Chainalysis a par ailleurs indiqué que le nombre de signalements de fraude a augmenté de près de 40 % en 2024. Le préjudice total lié aux fraudes crypto a dépassé 9,9 milliards de dollars dans le monde.
Les victimes sont en outre fréquemment recontactées par de faux cabinets de recouvrement prétendant les aider à récupérer leurs fonds. En réalité, il s’agit une fois de plus d’escrocs cherchant à leur soutirer encore plus d’argent.
La technologie blockchain facilite les investigations
Même si la fraude crypto semble difficile à combattre, la technologie blockchain offre au contraire des leviers pour remonter jusqu’aux criminels. La transparence des transactions sur blockchain permet aux régulateurs et aux entreprises crypto d’identifier et de bloquer plus facilement les flux suspects.
Fierman explique que cette transparence est une arme clé dans la lutte contre les arnaques : « Si les bons acteurs mettent ces informations à profit, nous pouvons perturber la fraude aux moments décisifs. »
Les gouvernements réagissent par des mesures plus strictes
Partout dans le monde, des mesures sont prises pour s’attaquer aux réseaux derrière le « pig butchering ». Le 12 novembre, le ministère américain de la Justice a créé la Scam Center Strike Force, une unité spéciale chargée de démanteler les groupes d’escroquerie transnationaux en Asie du Sud-Est.
Les forces de police de la région Asie-Pacifique interviennent elles aussi. Fin août, 47 millions de dollars de fonds liés à des fraudes ont été gelés avec l’aide de Chainalysis, OKX, Tether et Binance. En tarissant ces flux, les autorités espèrent désorganiser les structures criminelles.
Signaux pour reconnaître ce type d’arnaque
La sensibilisation reste un élément clé de la réponse à l’arnaque du « pig butchering ». La plupart des arnaques commencent par une manipulation émotionnelle. Si quelqu’un que vous ne connaissez qu’en ligne exprime très vite des sentiments forts, c’est un signal d’alarme.
Parmi les autres signaux d’alerte figurent le flou autour des informations personnelles, le refus des appels vidéo ou l’insistance à obtenir une aide financière. Les offres d’investissements sans risque ou de rendements extrêmement élevés sont également de claires alertes. Dès qu’on vous réclame de l’argent, la prudence s’impose.
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