La Chine compte une nouvelle vedette boursière. Changxin Technology Group, plus connu sous le nom de CXMT, a bondi lundi de 535 % pour ses premiers pas sur le STAR Market de Shanghai. Le fabricant chinois de puces mémoire s’est ainsi imposé d’emblée comme l’une des valeurs les plus commentées dans la course mondiale à l’IA.
Basée à Hefei, l’entreprise a levé 57,92 milliards de yuans lors de son introduction en Bourse, soit environ 8,6 milliards de dollars. Il s’agit de la plus importante opération de ce type en Asie depuis le début de l’année.
Les actions avaient été émises à 8,66 yuans l’unité, mais s’échangeaient peu après l’ouverture autour de 52 yuans. La capitalisation boursière atteignait ainsi environ 3 500 milliards de yuans.

Le démarrage est spectaculaire. Mais l’histoire de CXMT dépasse largement cette première séance hors norme.
La Chine veut réduire sa dépendance
CXMT est le principal acteur chinois des puces mémoire DRAM. Ces composants sont utilisés dans les smartphones, les ordinateurs, les serveurs et, de plus en plus, dans les infrastructures d’intelligence artificielle.
Selon son prospectus, CXMT détenait en 2025 une part de marché mondiale de 7,67 % dans la DRAM. L’entreprise n’est donc pas encore un acteur dominant, mais elle s’impose déjà comme un concurrent sérieux.
Le marché mondial de la DRAM reste dominé par Samsung Electronics, SK Hynix et Micron Technology. Samsung et SK Hynix, en particulier, ont largement profité ces dernières années de l’essor de l’IA, les centres de données ayant besoin de toujours plus de mémoire.
Pour la Chine, CXMT revêt une importance stratégique. La course à l’IA ne se joue pas seulement sur les modèles et les logiciels, mais aussi sur l’accès aux puces, à la mémoire, aux capacités de production et aux chaînes d’approvisionnement. Les restrictions américaines à l’exportation contraignent de plus en plus la Chine à développer ses propres capacités dans les semi-conducteurs.
L’IA, un enjeu de sécurité nationale
Morningstar estime que l’IA est de plus en plus perçue en Chine comme une question de sécurité nationale. CXMT pourrait ainsi figurer parmi les grands bénéficiaires de la volonté de Pékin d’atteindre l’autosuffisance technologique.
Le titre dépasse donc le simple statut de valeur liée aux semi-conducteurs. Pour les investisseurs, CXMT offre une exposition à l’effort chinois visant à réduire la dépendance aux puces mémoire étrangères.
Le calendrier joue aussi en sa faveur. Plus tôt ce mois-ci, plusieurs informations ont indiqué qu’Apple avait commencé à tester les puces DRAM de CXMT pour des appareils vendus en Chine. Si ces essais débouchent sur de véritables commandes, ce serait une validation importante pour CXMT.
Non pas parce qu’Apple modifierait à elle seule l’ensemble du cycle mondial de la mémoire, mais parce que cela montrerait que les puces chinoises sont prises de plus en plus au sérieux par de grands clients internationaux.
Les bénéfices accélèrent fortement
La trajectoire financière de CXMT est impressionnante. L’entreprise a dégagé au premier trimestre un bénéfice opérationnel de 35,43 milliards de yuans. Un an plus tôt, elle affichait encore une perte opérationnelle de 2,83 milliards de yuans.
Ce retournement illustre la vigueur du cycle actuel de la mémoire. La demande mondiale en puissance de calcul continue de progresser, tandis que les grands fabricants doivent réorienter leurs capacités vers l’IA, les serveurs et les centres de données. Résultat : des prix plus élevés, de meilleures marges et une rentabilité en hausse pour les fabricants de puces mémoire.
CXMT semble donc avoir choisi le bon moment pour entrer en Bourse.
Attention : les puces mémoire restent cycliques
La prudence reste toutefois de mise. Une hausse de plus de 500 % dès la première séance ne traduit pas seulement la confiance des investisseurs. Elle reflète aussi la rareté du papier, le sentiment de marché et un nombre limité d’actions librement négociables.
Selon Theodore Shou, dirigeant de Yiyi Capital, une envolée de plusieurs centaines de pour cent le premier jour n’est pas totalement exceptionnelle en Chine. Ce qui frappe en revanche, c’est l’ampleur du mouvement pour une entreprise de cette taille.
La hausse semble ainsi résulter d’un mélange d’euphorie autour de l’IA, de fierté nationale, de flottant limité et d’attentes élevées concernant le cycle de la mémoire. Mais les puces mémoire restent un marché cyclique.
Des marges élevées finissent par attirer de nouvelles capacités. Lorsque l’offre et la demande retrouvent ensuite un meilleur équilibre, les prix et la rentabilité se normalisent. Theodore Shou a donc averti que le sentiment entourant le cycle de la mémoire pourrait être proche d’un pic à court terme.
Cela ne signifie pas que CXMT n’a pas un avenir prometteur. Mais les investisseurs doivent se garder de prolonger mécaniquement la rentabilité actuelle dans leurs prévisions.
Une nouvelle menace pour Samsung, SK Hynix et Micron
Pour Samsung, SK Hynix et Micron, CXMT est un nom à surveiller de près. Le groupe chinois accuse encore aujourd’hui un retard technologique sur les leaders mondiaux. Mais les milliards levés en Bourse, le soutien politique et l’immense marché intérieur pourraient réduire cet écart.

La Chine n’a d’ailleurs pas besoin de conquérir immédiatement l’ensemble du marché mondial. Si les groupes internet et les fabricants de matériel chinois, sous l’impulsion de Pékin, utilisent davantage de puces nationales, CXMT peut déjà connaître une forte croissance sans évincer directement Samsung ou Micron à l’échelle mondiale.
C’est précisément ce qui rend cette introduction en Bourse importante. CXMT n’est pas seulement une entreprise qui profite de l’IA. Elle symbolise l’ambition chinoise de bâtir sa propre chaîne d’infrastructures pour l’intelligence artificielle.
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